Niépce correspondance et papiers
112 C ORRESPONDANCE ET PAPIERS commandant l’escadre venue de France pour cette expedition 1 , il avait sur ses vaisseaux 2 la troupe de ligne tirée de Corse et diferens detachemens de garnison qui devaient marcher avec moy 3 . Le mauvais tems qui fut tres opiniatre me retint en mer jusqu’au 14. fevrier sui- vant, et ce ne fut que ce jour la que je debarquai auprès d’une tour située à deux lieues de Cagliari 4 sans rencontrer aucune resistance 5 Je n’avais pour une entreprise de cette nature que 4000 hommes dont 1400 seulement de troupes de ligne suivant le detail ci-après. 1. On a vu dans quel esprit celle-ci s’était décidée.Voici maintenant dans quelle ambiance se firent les prépa- ratifs à Ajaccio :« Le 15 décembre 1792,l’escadre de Truguet mouilla dans le golfe d’Ajaccio et se signala dès son arrivée par l’impéritie de ses équipages. L’un des bâtiments échoua sur un banc de sable, un autre [le Vengeur] se brisa contre les rochers. C’était bien mal débuter. A peine débarqué, le fringant et jeune amiral - il avait quarante ans à peine - devint l’hôte assidu de la casa Buonaparte où il s’éprit de la charmante Elisa, récemment ramenée de Saint-Cyr par son frère [Napoléon était arrivé à Ajaccio en octobre et ne regagnera le continent qu’en juin 1793]. Mais le moment n’était pas aux amours et Truguet eût mieux fait de s’occu- per de ses matelots. Pendant que leur grand chef marivaudait, ces Provençaux, révolutionnaires, très exal- tés pour la plupart, parcouraient les rues tortueuses de la ville en chantant la Carmagnole et Ça ira, hymnes qui chez les plus purs avaient détrôné la Marseillaise. Le 18 décembre, ils alternèrent ces chants avec les cris de “les aristrocrates à la lanterne !” Ces appels au meurtre étaient accompagnés d’une effrayante panto- mime exécutée à grand renfort de haches d’abordage et de cordes pourvues de nœuds coulants, comme s’il se fût agi de décapiter et de pendre des ennemis que les Ajacciens identifièrent sans peine. Se jugeant menacés, ils se barricadèrent dans leurs maisons. C’était prudence de leur part, car le sergent-major Anton Susini, des volontaires [ceux d’Ajaccio], et un autre habitant furent massacrés par les sans-culottes. Leurs cadavres furent promenés en ville, puis jetés à la mer, où leurs meurtriers les repêchèrent pour les sus- pendre aux vergues d’un des navires en rade » (H.E.). 2. Neuf vaisseaux étaient engagés dans l’expédition : le Tonnant (80 canons), le Commerce-de-Bordeaux (74 canons), le Tricolore (74 canons), le Scipion (74 canons), le Centaure (74 canons), le Languedoc, le Vengeur, l’Orion (74 canons), l’Entreprenant (74 canons), le Patriote (74 canons), le Duguay-Trouin (74 canons), le Léopard, l’Apollon (74 canons), le Généreux (74 canons) et le Thémistocle (74 canons).Y participaient éga- lement quatre frégates, l’Aréthuse (40 canons), la Fortunée, la Vestale et l’Hélène, sept corvettes, la Brune, l’Eclair, la Belette, la Fauvette, la Badine, la Flèche et la Poulette (26 canons), ainsi que quatre bombardes, l’Iris, l’Iphigénie, la Lutine et la Sensible, et enfin des gabares comme le Mulet (E.P.). Il faut ajouter à cette liste la Junon. 3. Les atrocités commises à Ajaccio « braquèrent les Corses contre l’escadre. Les volontaires, déjà peu enthou- siastes en dépit des déclarations des députés, refusèrent de s’embarquer sur les bâtiments des tortion- naires. Truguet, cessant de filer aux pieds d’Elisa, rejoignit son bord, consigna ses équipages et embarqua 1800 hommes des troupes de ligne à la place des défaillants. Le 8 janvier, il mit à voile pour Cagliari » (H.E.). Nicéphore et ses camarades avaient embarqué le 4 (v. 86). « Le 28 janvier le convoi était encore en rade de Palmas [au sud-ouest de la Sardaigne], attendant l’arrivée des volontaires embarqués à Villefranche et qu’une tempête avait dispersés ; enfin l’escadre seule se rendit devant Cagliari. On envoya un canot parle- mentaire sur lequel on tira : l’officier fut renversé d’un coup de fusil et un coup de canon à mitraille tua 23 hommes ; les vaisseaux se préparèrent au combat et attaquèrent la ville le 27 janvier ; 3 frégates et 5 vais- seaux la bombardèrent pendant trois jours. Le contre-amiral jugeant que pour réduire la ville, il fallait effec- tuer une descente avec environ 8.000 hommes, résolut d’attendre les troupes qui devaient venir le rejoindre. Les volontaires du continent, sous les ordres du général Casabianca, s’embarquèrent enfin à Ajaccio, quoique 2.000 d’entre eux, sous les ordres du général de Saint-Hilaire, eussent été jetés à Saint- Florent par la tempête. Le 3 février, le convoi de troupes resté en arrière de la flotte en rade de Palmas, arri- vait devant Cagliari » (P.R.O). 4. Soit environ huit kilomètres. 5. Le débarquement eut lieu à l’extrémité est de la saline du golfe de Quartu. Le cap Saint-Elie, orienté nord- sud, partage le golfe en deux mouillages distincts : la rade de Cagliari à l’ouest, le golfe de Quartu à l’est. La rade est protégée par le fort Saint-Ignace, édifié sur le cap Saint-Elie. Pendant le débarquement, « et malgré un temps affreux », le Patriote, le Scipion, l’Entreprenant et l’Iphigénie canonnèrent et bombardèrent le morne Saint-Elie et le lazaret situé au pied du fort Saint-Ignace (P.R.O.). 1792 1795 1792 1795 Du 10 août jusqu’à la fin de la Convention
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