Niépce correspondance et papiers

114 C ORRESPONDANCE ET PAPIERS s’avancer vers S t Elie 1 , mais malgré mon empressement et mes ordres reiterés ce mouve- ment ne se faisait que tres lentement. Arrivé sur la hauteur qui domine la plaine de Cagliari, je reconnus deux chemins qui conduisaient à cette place. Le premier a gauche qui etait garanti par la mer et de l’autre par l’etang. C’etait le plus court et le plus aisé ; l’autre passait par le village de quarto mais, etant plus long et d’ailleurs aboutissant sous le canon de la ville, il offrait plus de difficultés. Je preferai de passer par le premier, et l’armée serait arrivée a trois heures au point sur lequel je dirigeais le mouvement si un chemin sabloneux n’eut retardé la marche de l’artillerie 2 qui etait traînée a bras. A quatre heures j’étais avec l’avant garde et la premiere brigade a la petite portée de canon devant S t Elie, j’étais convenu avec le contre-amiral Truguet que lorsque j’aurais fait attaquer le point de S t Elie, il ferait executer une contre attaque du coté de la tour du lazaret. L’ennemi ne nous presentait d’autres forces qu’une 50 ne de chevaux en tête, une bat- terie de deux pièces de canon, quelques paysans postes derriere le mur d’enceinte d’une maison, et sur la droite du coté des salines 3 environ 200 dragons. Le gros de mon armée etait composé de volontaires nationaux qui n’avaient jamais fait la guerre // et dont une grande partie n’avait que 13. et 14. ans d’age. La nuit approchant, je ne jugeai pas à propos de commencer l’attaque, la troupe d’ailleurs y etait peu disposée. Je fis retirer dans un emplacement excellent entre [...] 4 la mer et l’etang qui se trou- vait fortifié par des dunes de sable qui formaient un retranchement naturel, l’artillerie etait disposée de manière à le rendre impénétrable aux ennemis. Pendant que l’avant-garde et la premiere brigade etaient en avant, j’avais laissé la troi- sieme au seul point de communication qui existait entre l’armée et les dragons ennemis. A nuit close j’ordonnai a cette brigade de laisser dans cet endroit un poste avancé, et de ren- trer dans le camp. Lorsque cette brigade rentrait, une fausse alerte occasionna une fusillade qui fut accompagnée de trois coups de canon. Le c en Laliman 5 capitaine et deux autres officiers du 42 e régiment 6 avec plusieurs soldats, furent victimes de cette bevue 7 . Le desordre ne se termina pas la, les volontaires nationaux apres avoir tiré indistinc- tement a droite et a gauche dans le camp meme au nombre d’environ 700 quitterent preci- pitamment leurs fusils leurs gibernes leurs habits meme, et coururent se jetter a corps perdu dans la mer. Ce fut en vain que moi, les adjoints aux adjudants generaux Giovanni, et la Converserie, et plusieurs autres militaires nous portames dans les lignes pour arreter ce mouvement desordonné, et rallier les fuyards ; tous nos efforts furent inutiles, la terreur panique avait // frappé les esprits de ces volontaires, et tous demandaient a se retirer. 1. Il semble que le fort Saint-Ignace ait été rapidement réduit au silence par le Patriote. 2. Seize canons étaient engagés dans l’opération. 3. Le sel était l’une des plus importantes productions des environs de Cagliari (v. App. Xn). 4. Un mot rayé, illisible. 5. Jean Norbert de Laliman, né le 6 juin 1742. Il avait été fait lieutenant-colonel le 1 er janvier 1793. Il fut effec- tivement tué en Sardaigne le 15 février. 6. Le sous-lieutenant Jean-Baptiste Leclerc et le capitaine Aimé Bon Dervieux de Villieu (S.H.A.T.Yb 407). 7. Ces vacances,occasionnées par les pertes subies,entraînèrent automatiquement l’avancement de Nicéphore au grade de lieutenant (v. 86). Sa promotion ne sera ratifiée qu’au mois d’août suivant (v. 95). 1792 1795 1792 17 Du 10 août jusqu’à la fin de la Convention

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