Niépce correspondance et papiers
N IEPCE 115 Je resistai constamment à leur demande jusqu’au moment où le citoyen Luce 1 capitaine des grenadiers du 42 e régiment vint me dire que les troupes de ligne indignées de la condui- te des volontaires inexperts, demandaient aussi a faire retraite pour ne pas se trouver une seconde fois exposés au malheur d’être abandonnés et fusillés par leur propre parti. N’ayant pas d’autre parti à prendre pour sauver cette armée, je donnai les ordres pour faire la retraite sur le camp que nous avions quitté le matin. Nous l’avons effectuée sans éprouvér aucun obstacle de la part de l’ennemi, nous ramassâmes pendant la nuit les fuyards qui avaient jetté leurs fusils pour être moins genés dans leur fuite. Le rivage etait couvert d’habillemens, ce qui nous fit presumer que plu- sieurs devaient s’etre noyés. Arrivé au camp, les volontaires m’entourent et me demandent a s’embarquer, me menaçant de la lanterne, si je ne le permettais pas, en vain, je m’efforçai de leur remontrer que nous n’avions seulement pas vu la face de l’ennemi, que le desordre de la nuit avait été occasionné par une fausse alerte et par leur propre faute, qu’ils allaient se couvrir de honte et faire manquer une expedition à laquelle la Republique française attachait tant d’impor- tance. // La majorité des volontaires, sourds à la voix de l’honneur, indiferens sur la gloire de la patrie, s’obstinerent a demander l’embarquement en criant à la trahison. Si les troupes de ligne eussent été assez nombreuses j’aurais sans doute pris le parti de contenir par la force les séditieux laches et timides devant l’ennemi, insubordonnés envers leurs chefs et j’aurais ainsi repoussé leurs clameurs et la corde qu’ils me montraient, si je ne me rendais à leur demande. Dans cette circonstance dificile je rassemblai tous les chefs, tous convinrent qu’avec de tels hommes nous aurions exposé les armes de la République a une défaite certaine et que le seul bon parti était de les faire embarquer sans delay. Le contre amiral Truguet, instruit de notre position, nous envoya le 16. 50 quintaux de biscuit et d’autres provisions. Les volontaires forcerent la chaloupe de retourner à bord, et empecherent son debarquement, de crainte que s’ils acceptaient ces provisions de bouche, on ne les obligeat à marcher vers Cagliari. Une partie des chefs des volontaires etaient d’accord avec eux, la plus grande partie n’approuvait pas leur conduite, mais ce qui revenait presqu’au même, n’osait s’y opposer et les ordres que je donnai n’étaient point exécutés. Le 17. un grand coup de vent ayant rendu impossible la communication de l’escadre avec la terre 2 , et l’armée manquant de vivres, les mêmes volontaires qui les avaient refusés la veille se presenterent au nombre de cinq à six cents, ayant à leur tête le lieutenant colo- nel // Jourdan de Tarascon, en me demandant sous peine de la vie, l’embarquement, et des vivres. Dans ce moment toute l’escadre etait en danger, deux fregates qui avaient été dema- tées pendant la nuit 3 , etaient dans la dernière detresse, et les volontaires, avec un chef a leur 1. François-Marie-Alexandre Luce,capitaine,né à Maubeuge le 9 septembre 1751.Il était « écolier » avant d’en- trer comme soldat au régiment en 1770. 2. Il ventait alors grande brise du sud-est, vent qui soulève toujours la mer dans la rade de Cagliari. Le 18, le vent diminua un peu et passa à l’ouest. 3. Le Léopard, la Junon et l’Aréthuse avaient été obligés de couper leur mâture ; le premier était échoué. Presque tous les bâtiments, tant de l’escadre que du convoi, avaient perdu leurs embarcations et deux transports avaient été jetés à la côte. 84 1792 1795792795
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