Niépce correspondance et papiers
1172 C ORRESPONDANCE ET PAPIERS qu’au lieu du capital de la somme demandée, il ne serait accordé qu’un intérêt viager, savoir : une pension de 10,000 francs réversible seulement par moitié sur les veuves. L’attribution de cette pension sera faite ainsi : 6,000 francs à M. Daguerre; 4,000 francs à M. Niepce fils. Indépendamment des motifs que nous avons indiqués plus haut, il en est un qui, à lui seul, justifie ce partage inégal. M. Daguerre a consenti à livrer à la publicité les procédés de peinture et de physique au moyen desquels il produit les effets du Diorama, invention dont il possède seul le secret, et qu’il serait regrettable de laisser perdre. Avant de signer la convention, M. Daguerre a déposé entre nos mains, sous un pli cacheté, la description du procédé de M. Niepce, celle de sa propre méthode, et, enfin, celle du Diorama. Nous pouvons affirmer, devant la Chambre, que ces descriptions sont complètes et sincères, car un membre de cette assemblée, dont le nom seul est une incontestable auto- rité,* qui a reçu de M. Daguerre la communication confidentielle de tous ses procédés, et qui les a lui-même expérimentés, a bien voulu prendre connaissance de toutes les pièces du dépôt et nous en garantir la sincérité. Nous espérons, Messieurs, que vous approuverez, et le motif qui a dicté cette conven- tion, et les conditions sur lesquelles elle repose. Vous vous associerez à une pensée qui a déjà excité une sympathie générale, et vous ne souffrirez pas que nous laissions jamais aux nations étrangères la gloire de doter le monde savant et artistique d’une des plus mer- veilleuses découvertes dont s’honore notre pays. * Arago 1833 1839 1 De l’été 1833 jusqu’à l’automne 1839 l’insistance d’Isidore, Daguerre rencontra Jean-Baptiste Ambroise Marcelin Jobard (1792-1861) propriétaire et rédacteur en chef du Courrier Belge, lequel se trouvait à Paris à l’instigation du gouvernement belge, pour établir un rapport sur l’exposition de l’industrie française qui s’y tenait alors. Voici comment Jobard lui- même a relaté l’affaire : « Monsieur Daguerre pouvait prendre des brevets en Angleterre et ailleurs, car la France n’achète son procédé que pour les Français, mais une délicatesse extrême lui fait croire que ce serait enlever au gouvernement français le plaisir de faire un cadeau à l’Europe » (L.C.B. 13/07/1839). « M. Niepce ne partageait point sa manière de voir : moins artiste que M. Daguerre et beaucoup plus positif, M. Niepce souffrait infiniment de cette inébranlable résolution de son associé, quand il nous fut présenté par le baron Dupotet [J. de Sennevoy, le magnétiseur français], avec prière d’intervenir promptement dans cette affaire où il n’y avait pas une minute à perdre [...]. Tous nos raisonnements glissèrent comme de l’eau sur les ailes d’un cygne… Bien convaincu de l’inutilité de nos efforts, nous partîmes pour Bruxelles » (ib. 25/09/1839). Néanmoins Jobard ne se tint pas pour battu. Ayant écrit à Madame Daguerre et lui ayant exposé les réti- cences de son mari, il reçut d’Isidore la lettre suivante : « J’avais perdu l’espoir de déterminer Daguerre à la démarche dont il avait été question ; quelques jours s’étaient écoulés, lorsqu’il vint m’engager à la renou- veler. Je le conduisis chez l’avocat aux patentes, auquel vous aviez eu l’obligeance de me recommander, et il fut arrêté, séance tenante, qu’il écrirait sur le champ à Londres. J’ai revu depuis M. Perpigna, et j’ai l’assu- rance que la demande du brevet pour l’Angleterre et ses colonies, a été faite le 15 juillet passé. J’espère que dans le courant d’août, il nous sera délivré ; en ce cas je serai d’autant plus empressé de vous l’apprendre que nous le devons entièrement à votre bienveillante intervention. Agréez, etc. » (ib.). Sans aucun doute ambiguë mais insuffisamment connue, diversement perçue, l’attitude de Daguerre dans cette affaire, reste à étudier. Nous nous abstiendrons donc de tout commentaire. Pour finir, revenons à Isidore. C’est auprès de lui directement, sans passer par Giroux (v.628), que Jobard se procurera un appareil à daguerréotyper et ses accessoires (L.C.B. 12/09/1839), l’ensemble pour 655 francs (ib. 06/11/1839). L’événement fera l’objet d’une annonce solennelle : « SOCIETE DU DAGUERROTYPE A BRUXELLES. Le premier daguerrotype [en l’occur- rence l’appareil] vient d’être expédié par les soins de M.Niépce, à la société formée à Bruxelles, sous la direc- tion de M. Jobard [...] » (ib. 12/09/1839).
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