Niépce correspondance et papiers

118 C ORRESPONDANCE ET PAPIERS tete voulaient assassiner leur général parce qu’il ne pouvait commander a la nature et aux elemens, et leur donnér les vivres qu’ils avaient auparavant refusés par lacheté. Les troupes de ligne toujours fermes à leur poste, revoltées de tant d’horreurs, mani- festerent la disposition ou elles étaient de defendre leur général, et dès lors ma vie mena- cée à chaque instant ne courut plus de danger. Enfin les volontaires après avoir repeté par des deputations reitérées au contre ami- ral Truguet le vœu de se rembarquer l’ont été 1 , et l’ennemi ne nous a pas plus inquiettés dans notre retraite que dans notre descente. Ce fut ainsi que se termina l’expedition de Sardaigne dans laquelle j’ai eu le deplaisir d’avoir pour majorité de l’armée que j’y commandais des hommes sans experience, sans la moindre etincelle de courage, outrement insubordonnés et qui n’ont laissé dans cette isle d’autre idée d’eux que la cruauté et la poltronerie. Je rassemble ici trois traits qui prouvent a la fois leur barbarie, leur ineptie et leur impolitique. Les voici. Le premier jour de notre descente quelques soldats sortent du camp sans permission, il s’engage une petite fusillade entre eux et quelques Sardes à cheval, un de ces derniers est blessé // il demande la vie, on lui coupe la tête, au lieu d’en faire un prisonnier qui aurait pu nous etre utile en nous donnant quelques lumieres ; une ferme a la distance de 200. toises 2 du camp offrait la commodité d’un tres bon poste avancé on y met le feu au lieu de s’en fortifier, une petite eglise de campagne se trouve a proximité du camp on y va piller les meubles, enlever les cloches briser les images, dans le paÿs du monde le plus supersti- tieux et qu’on voulait conquerir. Je dois pourtant rendre justice a la majorité des officiers des volontaires ils gemis- saient avec moy du desordre qu’ils ne pouvaient arreter. Je n’ai pu trop me louer du zele et de l’activité infatigables des canonniers volontaires et de ligne. Les troupes de ligne ont souffert avec moy le froid et la faim sans se permettre aucun murmure, et si le reste de l’armée eut été animé du meme esprit, nous aurions pu nous promettre quelque succès. Après le rembarquement de ma troupe effectué je me rembarquai moy meme sur le vaisseau le Tonnant, le jour d’après je passai de ce bord sur le Commerce de Bordeaux je m’y occupai à rediger la relation que j’envoyai au ministre de la guerre, et que je fis impri- mer et distribuer je repassai en France sur le meme vaisseau, le Contre amiral Truguet se chargea de son coté de dresser son rapport en ce qui concernait la mer, il prit sur luy sans ma participation et a mon insu de laisser les detachemens des 26 e et 52 e regimens en gar- nison aux isles de Saint Pierre et de S t Antioche sur la cote de Sardaigne // qu’il avait prises avant de venir me joindre devant Cagliari, ces deux detachemens y ont été depuis assiegés et pris par les Espagnols chez lesquels ils sont encore prisonniers. Quoique la mauvaise conduite des volontaires nationaux, ait comme on l’a vu ci-des- sus entrée pour beaucoup dans le mauvais succès de cette expedition cet obstacle, tout considerable qu’il est n’est pas le seul qui se soit présenté. D’abord, en général, on pouvait 1. Les troupes et l’artillerie furent rembarquées le 20. Les volontaires furent mis sur le Languedoc, l’Entreprenant et le Thémistocle et ces vaisseaux rentrèrent à Toulon après les avoir déposés dans le golfe Juan. Nicéphore et ses camarades y débarquèrent (P.R.O.) le 9 mars (v. 86). Le 15 ils partaient rejoindre l’ar- mée d’Italie (v. 97) dont l’état-major était basé à Nice, française depuis six mois. Sans coup férir, la ville avait ouvert ses portes à Truguet et Anselme le 29 septembre 1792. 2. Environ quatre cents mètres. 1792 1795 1792 1795 Du 10 août jusqu’à la fin de la Convention

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