Niépce correspondance et papiers

N IEPCE 1185 leurs effets. S’il y trouve de l’utilité, le même tableau lui donnera des empreintes des rayons éblouissants du soleil, des rayons trois cent mille fois plus faibles de la lune, des rayons des étoiles. Ces empreintes, il les égalisera, soit en affaiblissant les plus fortes lumières, à l’aide de moyens excellents, résultat des découvertes récentes, mais dont l’indication serait ici déplacée, soit en ne laissant agir les rayons les plus brillants que pendant une seconde, par exemple, et continuant au besoin l’action des autres jusqu’à une demi-heure. Au reste, quand des observations 1 appliquent un nouvel instrument à l’étude de la nature, ce qu’ils en ont espéré est toujours peu de chose relativement à la succession de découvertes dont l’ins- trument devient l’origine. En ce genre, c’est sur l’imprévu qu’on doit particulièrement comp- ter. Cette pensée semble-t-elle paradoxale ? Quelques citations en montrent la justesse. Des enfants attachent fortuitement deux verres lenticulaires, de différents foyers, aux deux bouts d’un tube. Ils créent ainsi un instrument qui grossit les objets éloignés, qui les représente comme s’ils s’étaient rapprochés. Les observateurs s’en emparent avec la seule, avec la modeste espérance de voir un peu mieux des astres connus de toute antiquité, mais qu’on n’avait pu étudier jusque-là que d’une manière imparfaite. A peine, cependant, est-il tourné vers le firmament, qu’on découvre des myriades de nouveaux mondes ; que, péné- trant dans la constitution des six planètes des anciens, on la trouve analogue à celle de notre terre, par des montagnes dont on mesure les hauteurs, par des atmosphères dont on suit les bouleversements, par des phénomènes de formation et de fusion de glaces polaires, ana- logues à ceux des pôles terrestres ; par des mouvements rotatifs semblables à celui qui pro- duit ici-bas l’intermittence des jours et des nuits. Dirigé sur Saturne, le tube des enfants du lunetier de Midlebourg y dessine 2 un phénomène dont l’étrangeté dépasse tout ce que les imaginations les plus ardentes avaient pu rêver. Nous voulons parler de cet anneau, ou, si on l’aime mieux, de ce pont sans piles, de 71,000 lieues de diamètre, de 11,000 lieues de lar- geur, et qui entoure de tout côté le globe de la planète, sans en approcher nulle part, à moins de 9,000 lieues. Quelqu’un avait-il prévu qu’appliquée à l’observation des quatres lunes de Jupiter, la lunette y ferait voir que les rayons lumineux se meuvent avec une vitesse de 80,000 lieues à la seconde ; qu’attachée aux instruments gradués, elle servirait à démontrer qu’il n’existe point d’étoiles dont la lumière nous parvienne en moins de trois ans ; qu’en suivant enfin, à son aide, certaines observations, certaines analogies, on irait jusqu’à conclure avec une immense probabilité, que le rayon par lequel, dans un instant donné, nous apercevons certaines nébuleuses, en était parti depuis plusieurs millions d’années ; en d’autres termes, que ces nébuleuses, à cause de la propagation successive de la lumière, seraient visibles de la terre, plusieurs millions d’années après leur anéantissement complet. La lunette des objets voisins, le microscope , donnerait lieu à des remarques analogues, car la nature n’est pas moins admirable, n’est pas moins variée dans sa petitesse que dans son immensité. Appliqué d’abord à l’observation de quelques insectes dont les naturalistes désiraient seulement amplifier la forme, afin de la mieux reproduire par la gravure, le microscope a dévoilé ensuite et inopinément dans l’air, dans l’eau, dans tous les liquides, ces animalcules, ces infusoires, ces étranges reproductions où l’on peut espérer de trouver un jour les premiers germes d’une explication rationnelle des phénomènes de la vie. Dirigé récemment sur des fragments menus de diverses pierres comprises parmi les plus dures, les 629 1833 1839 1. Lire observateurs . Cette coquille ne figurera ni dans les Comptes Rendus de l’Académie ni dans la brochure de Daguerre. 2. Discerne ?

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