Niépce correspondance et papiers

N IEPCE 1187 Jamais le membre de la Chambre que M. le ministre de l’intérieur avait chargé de ses pleins pouvoirs n’a marchandé avec M. Daguerre. Leurs entretiens ont exclusivement roulé sur le point de savoir si la récompense que l’habile artiste a si bien méritée serait une pen- sion inscrite ou une somme une fois payée. De prime abord, M. Daguerre aperçut que la stipulation d’une somme fixe donnerait au contrat à intervenir le caractère mesquin d’une vente. Il n’en était pas de même d’une pension. C’est par une pension que vous récompensez le guerrier qui a été mutilé sur les champs de bataille, le magistrat qui a blanchi sur son siège ; que vous honorez les familles de Cuvier, de Jussieu, de Champollion. Ces nobles souvenirs ne pouvaient manquer d’agir sur le caractère élevé de M. Daguerre ; il se décida à demander une pension. Ce fut, au reste, d’après les intentions de M. le ministre de l’intérieur, M. Daguerre lui-même qui en fixa le montant à 8,000 fr., partageables par moitié entre lui et son associé, M. Niepce fils ; la part de M. Daguerre a depuis été portée à 6,000 fr., soit à cause de la condition qu’on a imposée spécialement à cet artiste, de faire connaître les procédés de peinture et d’éclairage des tableaux du Diorama actuellement réduits en cendres ; soit, surtout, à raison de l’en- gagement qu’il a pris de livrer au public tous les perfectionnements dont il pourrait enri- chir encore ses méthodes photographiques 1 . L’importance de cet engagement ne paraîtra certainement douteuse à personne, lorsque nous aurons dit, par exemple, qu’il suffira d’un tout petit progrès pour que M. Daguerre arrive à faire le portrait des personnes vivantes à l’aide de ses procédés. Quant à nous, loin de craindre que M. Daguerre laisse à d’autres expérimentateurs le soin d’ajouter à ses succès présents, nous avions plutôt cherché les moyens de modérer son ardeur. Tel était même, nous l’avouerons franchement, le motif qui nous faisait désirer que vous déclarassiez la pension insaisissable et incessible ; mais nous avons reconnu que cet amendement serait superflu, d’après les dispositions de la loi du 22 floréal an VII et de l’arrêté du 7 thermidor an X. La Commission, à l’unanimité des voix, n’a donc plus qu’à vous proposer d’adopter purement et simplement le projet de loi du Gouvernement 2 . 1. Clauses qui faisaient l’objet des articles 4 et 5 du contrat du 14 juin (v. 624). 2. Comme l’a signalé P.G. Harmant (in T. P p. 19), le vote intervint à la chambre le 9 juillet (B.L. 07/08/1839, n° 8099) et non le jour même comme on le lit partout. Il en fut d’ailleurs rendu compte dès le lendemain, 10 juillet, dans le Moniteur (pp. 1298-1299) : « CHAMBRE DES DEPUTES. Présidence de M. Sauzet. Séance du mardi 9 juillet [...]. M. le Président. L’ordre du jour appelle la discussion du projet de loi tendant à accorder une pension viagère de 6,000 fr. au sieur Daguerre, et une pension viagère de 4,000 f. au sieur Niépce, pour la cession par eux faite du procédé servant à fixer les images de la chambre obscure. Personne ne deman- dant la parole sur l’ensemble, je consulte la chambre pour savoir si elle entend passer à la discussion des articles. La chambre consultée, décide qu’elle passe à la discussion des articles. « Article 1er. La convention conclue le 14 juin 1839, entre le ministre de l’Intérieur, agissant pour le compte de l’Etat, et MM. Daguerre et Niépce fils, et annexée à la présente loi, est approuvé » (Adopté). « Art. 2. Il est accordé à M. Daguerre une pension annuelle de 6,000 fr. ; à M.Niépce fils,une pension annuelle et viagère de 4,000 fr.» (Adopté).« Art.3. Ces pensions seront inscrites au livre des pensions civiles du Trésor public,avec jouissance à partir de la pro- mulgation de la présente loi. Elles ne seront pas sujettes aux lois prohibitives du cumul. Elles seront réver- sibles,par moitié,sur les veuves de MM.Daguerre et Niépce » (Adopté).La chambre passe au scrutin sur l’en- semble du projet. Voici le résultat du dépouillement du scrutin. Nombre de votans… 240 ; majorité absolue… 121 ; boules blanches… 237 ; boules noires… 3. La chambre a adopté. » 629 1833 1839

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