Niépce correspondance et papiers

1188 C ORRESPONDANCE ET PAPIERS 630 Rapport 1 Paris, 30 juillet 1839. Chambre des Pairs. Gay-Lussac propose d’adopter le projet de loi relatif à l’acquisition du daguerréotype. CHAMBRE DES PAIRS SÉANCE DU 30 JUILLET 1839. RAPPORT Fait à la chambre par M. Gay-Lussac, au nom d’une commission spéciale 2 chargée de l’examen du projet de loi relatif à l’acquisition du procédé de M. Daguerre, pour fixer les images de la chambre obscure. Messieurs, Tout ce qui concourt aux progrès de la civilisation, au bien-être physique ou moral de l’homme, doit être l’objet constant de la sollicitude d’un gouvernement éclairé, à la hauteur des destinées qui lui sont confiées ; et ceux qui, par d’heureux efforts, aident à cette noble tâche, doivent trouver d’honorables récompenses pour leurs succès. C’est ainsi que, déjà, des lois tutélaires sur la propriété littéraire et sur la propriété industrielle assurent aux auteurs des bénéfices proportionnés à l’importance des services rendus à la société ; mode de rémunération d’autant plus juste, d’autant plus honorable, qu’il se résout en une contribution purement volontaire, en échange de services rendus, et qu’il est à l’abri des caprices de la faveur. Cependant, si ce mode d’encouragement est le meilleur dans la plupart des circons- tances, il en est quelques-unes où il est impraticable, insuffisant au moins, et d’autres, enfin, où de grandes découvertes exigent de plus éclatantes et solennelles récompenses. Telle, Messieurs, nous apparaît la découverte de M. Daguerre, et telle aussi elle a été jugée, et par le gouvernement du roi, qui en a fait l’objet du projet de loi soumis en ce moment à votre examen, et par la chambre des députés, qui déjà a revêtu ce projet de sa sanction législative. La découverte de M. Daguerre vous est connue par les résultats qui ont été mis sous vos yeux, et par le rapport, à la chambre des députés, de l’illustre savant 3 auquel le secret en avait été confié. C’est l’art de fixer l’image même de la chambre obscure sur une surface métallique, et de la conserver. Hâtons-nous cependant de le dire, sans vouloir diminuer en rien le mérite de cette belle découverte, la palette du peintre n’est pas très-riche de couleurs : le blanc et le noir la composent seule. L’image à couleurs naturelles et variées restera longtemps, à jamais peut- être, un défi à la sagacité humaine 4 . Mais n’ayons pas la témérité de lui poser des bornes 1833 1839 1 De l’été 1833 jusqu’à l’automne 1839 1. Publ. in D. (p. 31 éd. Giroux). 2. Note de Daguerre : « Cette commission était composée de MM. le baron Athalin, Besson, Gay-Lussac, le mar- quis de Laplace, le vicomte Siméon, le baron Thénard, le comte de Noé ». 3. Arago. 4. Neuf ans plus tard, E. Becquerel (C.R.H.S.A.S. 26, 1848, p. 181 et id. 27, 1848, p. 485) sera le premier à obtenir des images en couleurs,malheureusement impossibles à fixer.Il sera ensuite imité par Abel Niepce de Saint- Victor qui n’aura pas davantage de succès dans la stabilisation de ses épreuves en couleurs (C.R.H.S.A.S. 35, 1852, 2 e semestre, p. 694 : 3 e mémoire sur l’héliochromie).

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