Niépce correspondance et papiers

1190 C ORRESPONDANCE ET PAPIERS infranchissables ; les succès de M. Daguerre découvrent un nouvel ordre de possibilités. Appelés à donner notre opinion sur l’importance et l’avenir de la découverte de M. Daguerre, nous l’avons formée sur la perfection même des résultats, sur le rapport de M. Arago à la chambre des députés, et sur de nouvelles communications que nous avons reçues, tant de ce savant que de M. Daguerre. Notre conviction sur l’importance du nou- veau procédé est devenue entière, et nous serions heureux de la faire partager à la Chambre. Il est certain que, par la découverte de M. Daguerre, la physique est aujourd’hui en possession d’un réactif extraordinairement sensible aux influences lumineuses, d’un ins- trument nouveau qui sera pour l’intensité de la lumière et les phénomènes lumineux ce que le microscope est pour les petits objets, et qu’il fournira l’occasion de nouvelles recherches et de nouvelles découvertes. Déjà, ce réactif a reçu très-distinctement l’em- preinte de la faible lumière de la lune, et M. Arago a conçu l’espérance d’une carte tracée par le satellite lui-même. La Chambre a pu se convaincre, par les épreuves qui ont été mises sous ses yeux, que les bas-reliefs, les statues, les monuments, en un mot, la nature morte, sont rendus avec une perfection inabordable aux procédés ordinaires du dessin et de la peinture, et qui est égale à celle de la nature, puisque, en effet, les empreintes de M. Daguerre n’en sont que l’image fidèle. La perspective du paysage, de chaque objet, est retracée avec une exactitude mathé- matique ; aucun accident, aucun trait même inaperçu, n’échappe à l’œil et au pinceau du nouveau peintre ; et comme trois à quatre minutes suffisent à son œuvre, un champ de bataille, avec ses phases successives, pourra être relevé avec une perfection inaccessible à tout autre moyen. Les arts industriels, pour la représentation des formes ; le dessin pour des modèles parfaits de perspective et d’entente de la lumière et des ombres ; les sciences naturelles pour l’étude des espèces et de leur organisation, feront certainement du procédé de M. Daguerre de nombreuses applications. Enfin, le problème de son application au portrait est à peu près résolu, et les difficultés qui restent encore à vaincre sont mesurées et ne peu- vent laisser de doute sur le succès. Cependant, il ne faut pas oublier que les objets colorés ne sont point reproduits avec leurs propres couleurs, et que les divers rayons lumineux n’agissent pas de la même manière sur le réactif de M. Daguerre, l’harmonie des ombres et des clairs dans les objets colorés est nécessairement altérée. C’est là un point d’arrêt tracé par la nature elle-même au nouveau procédé. Telles sont, Messieurs, les acquisitions déjà assurées et les espérances prêtes à se réa- liser de la découverte de M. Daguerre. Cependant des renseignements étaient nécessaires relativement à l’exécution du procédé, et la commission a pensé qu’elle ne pouvait les obte- nir d’une manière plus sûre et plus authentique que de la bouche même de l’honorable député 1 en qui M. Daguerre avait mis d’abord sa confiance, et plus tard, M. le Ministre de l’Intérieur et l’autre Chambre. M. Arago, sur l’invitation de M. le Président de la commis- sion, s’est rendu dans son sein, et il a confirmé, avec des détails nouveaux, ce qu’il avait déjà dit dans son intéressant rapport. Ainsi, il est certain que l’exécution du procédé Daguerre n’exigera que très-peu de temps et une dépense insignifiante après la première mise de fonds pour les appareils, qui peut être fixée à 400 fr. environ. Chacun réussira 1833 1839 1 De l’été 1833 jusqu’à l’automne 1839 1. Rappelons qu’Arago était député des Pyrénées-Orientales.

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