Niépce correspondance et papiers

infailliblement après un petit nombre d’épreuves, puisque M. Arago lui-même, après avoir été initié, a débuté par un coup de maître, qu’on aurait été sans doute désireux de voir, mais il n’a pas échappé aux flammes qui ont consumé le Diorama. S’il était besoin de nouveaux témoignages, le rapporteur de votre commission pour- rait ajouter que M. Daguerre a voulu le faire aussi dépositaire du secret de son procédé, et qu’il lui en a décrit toutes les opérations. Il peut affirmer que le procédé n’est point dis- pendieux, et qu’il pourra être facilement exécuté par les personnes les moins versées dans le dessin, lorsque, aux préceptes que M. Daguerre s’est engagé à publier, il ajoutera l’exemple. Dans son intérêt même comme dans celui du procédé, le succès est nécessaire, et on ne peut douter que M. Daguerre ne prenne à cœur de l’assurer. Votre rapporteur ajoutera encore que, bien qu’il n’ait pas répété lui-même le procédé, comme son honorable ami M. Arago, il le juge par le récit qui lui en a été fait, comme très- difficile à trouver, et comme ayant dû demander, pour arriver au degré de perfection où l’a porté M. Daguerre, beaucoup de temps, des essais sans nombre, et surtout une persévé- rance à toute épreuve, que ne fait qu’irriter l’insuccès et qui n’appartient qu’aux âmes fortes. Le procédé se compose en effet d’opérations successives, ne paraissant pas liées nécessairement les unes aux utres, et dont le résultat n’est pas sensible immédiatement après chacune d’elles, mais seulement après leur entier concours. Et assurément, si M. Daguerre eût voulu exécuter seul son procédé, ou ne le confier qu’à des personnes très- sûres, il n’était pas à craindre qu’il lui fût enlevé. On se demandera peut-être alors, et en effet la question a déjà été faite, pourquoi, si le procédé de M. Daguerre était si difficile à trouver, il ne l’a pas exploité lui-même, et pour- quoi, en dehors des lois si sages qui garantissent autant les intérêts des auteurs que ceux de la fortune publique, le gouvernement s’est déterminé à en faire l’acquisition pour le livrer au public. Nous répondrons à ces deux questions. Le principal avantage du procédé de M. Daguerre consiste à obtenir promptement, et cependant d’une manière très-exacte, l’image des objets, soit pour la conserver, soit aussi pour la reproduire ensuite par les moyens de la gravure ou de la lithographie ; et dès lors on conçoit que, concentré dans les mains d’un seul individu, il n’aurait point trouvé un ali- ment suffisant. Au contraire, livré à la publicité, ce procédé recevra dans les mains du peintre, de l’ar- chitecte, du voyageur, du naturaliste, une foule d’applications. Enfin, possédé par un seul, il resterait longtemps stationnaire, et se flétrirait peut- être ; devenu public, il grandira et s’améliorera du concours de tous. Ainsi, sous ces divers rapports, il était utile qu’il devînt une propriété publique. Sous un autre rapport, enfin, le procédé de M. Daguerre devait fixer l’attention du gouvernement, et appeler sur son auteur une récompense solennelle. Pour ceux qui ne sont pas insensibles à la gloire nationale, qui savent qu’un peuple ne brille d’un plus grand éclat sur les autres peuples que par les progrès plus grands qu’il fait faire à la civilisation ; pour ceux-là, disons-nous, le procédé de M. Daguerre est une grande découverte. Il est l’origine d’un art nouveau au milieu d’une vieille civilisation, qui fera époque et sera conservé comme un titre de gloire ; et faudrait-il qu’il allât à la postérité escorté d’ingratitude ? qu’il lui parvienne plutôt comme un éclatant témoignage de la pro- tection que les Chambres, le gouvernement de Juillet, le pays tout entier, accordent aux grandes découvertes. C’est en effet un acte de munificence nationale que consacre le projet de loi en faveur 630 1833 1839 N IEPCE 1191

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