Niépce correspondance et papiers

1342 C ORRESPONDANCE ET PAPIERS Appendice d’Espagne, y ajouta d’autres fortifications 1 , et le gouvernement piémontais y a fait construire par la suite une citadelle assez bien conçue 2 , au point que cette place est aujourd’hui très-forte, et regardée comme une des plus considérables de la Méditerranée. Cette ville est la résidence du vice-roi, du général des armes, qui est aussi gouverneur né de la ville et du cap; de l’archevêque qui est métropolitain, primat de Sardaigne et de Corse; du magis- trat suprême de l’audience royale 3 ; du conseil d’état; de l’intendant-général; de la trésorerie générale; du tribunal des contestations entre les magistrats ecclésiastiques et civils; de l’admi- nistration générale des Tours; du tribunal de commerce; des Cortes ou états-généraux, et des Stamenti . Elle a en outre une université 4 fondée par Philippe IV, roi d’Espagne, et rétablie par le roi Charles Emmanuel 5 , en 1764 6 ; une bibliothèque publique, un musée d’antiquités 7 , un hôtel des monnaies; quinze couvens de religieux, cinq de religieuses, un séminaire, un collège pour l’éducation des nobles, une cathédrale, dont l’église est une des plus riches en marbre et des plus belles qu’on puisse voir 8 , et trente huit églises; un hôpital 9 , une fabrique de tabac, une autre de poudres à feu, un théâtre assez beau 10 , et des salines 11 . Son port, que nous avons décrit dans le 1. Fortifications qui furent continuées et complétées « particulièrement depuis l’expédition française de 1793 » (ib.) On peut bien penser qu’au cours de son séjour à Cagliari, en 1797-1798, Nicéphore évita d’évo- quer sa participation à l’expédition (v. 84). 2. « Bien fournie d’artillerie de gros calibre, qui avec une bonne garnison et des approvisionnements suffi- sants,serait susceptible de soutenir un long siège » (J.F.M.).Dans cette perspective,aussi bien que dans celle d’une disette, « on a creusé au château huit puits d’une extrème profondeur, pour assurer l’approvisionne- ment d’eau » (ib.). 3. Composée de deux chambres, l’une civile, l’autre criminelle. 4. Lamarmora témoignera de l’état « peu florissant » de ses universités (A.L.1) : « La chaire de chimie qu’on se propose de fonder dans l’université de Cagliari doit apporter de grands changements à l’état de la phar- macie [...]. Plusieurs Sardes confondent encore cette science avec l’alchimie [...]. Quoiqu’il y ait à Cagliari et à Sassari deux chaires de physique, elles n’ont été jusqu’ici d’aucune utilité pour la jeunesse ; celle-ci attend encore que les cabinets de physique lui soient ouverts » (ib). En ce qui concerne les sciences exactes, Lamarmora précisera plus tard que si les Sardes montraient « peu de dispositions pour ces branches des connaissances humaines », la cause devait en être attribuée « à ce que l’enseignement de celles-ci est, pour ainsi dire, nul dans l’île » (A.L.2). Rappelons que Lamarmora, correspondant de l’académie des sciences de Turin, voyagera en Sardaigne plus de vingt ans après Nicéphore. 5. Charles-Emmanuel III (1701-1773). Il régna à partir de 1730. 6. « Les bâtiments de l’université sont aussi bien entendus que commodément distribués pour leur destina- tion, et présentent au dehors un assez bel aspect » (J.F.M.). 7. La bibliothèque et le musée d’antiquités faisaient partie de l’université. S’y trouvait également un « cabinet d’histoire naturelle » (ib.). La bibliothèque, « arriérée et où dominent la théologie et le droit, paraît assez peu fréquentée » (M.V.). Lamarmora confirmera que « dans leur état actuel » les bibliothèques publiques de Cagliari et de Sassari « ne peuvent être utiles qu’aux personnes qui étudient la théologie et l’ancienne juris- prudence ; mais quiconque cultive les sciences modernes, ne peut y trouver grand secours » (A.L.1). 8. « La cathédrale de Cagliari est desservie par 22 chanoines, pourvus de riches prébendes, et jouissant de hautes prérogatives, comme celle de porter des vêtements pontificaux, et de n’être jugés et punis que par le tribunal de leurs pairs » (M.V.). 9. Mimaut faisait état de « plusieurs établissements de charité, convenablement dotés, pour les malades, pour les aliénés, et pour les pauvres filles orphelines » (J.F.M.). 10. Avis partagé par Mimaut, qui a évoqué « un théâtre, qui n’a pas beaucoup d’étendue, ni une grande magnificence, mais dont la coupe est heureuse et agréable. On y joue la comédie et l’opéra » (ib.). Parmi les autres établissements, à signaler encore ceux des archives de l’Etat, du dépôt général des actes des notaires, et de l’imprimerie royale « à laquelle on a dû quelques ouvrages dont l’exécution honorait ses directeurs » (ib.). Imprimerie qui, établie en 1769, se trouvera « déchue » dès le premier quart du dix-neu- vième siècle, et « inférieure aux deux autres imprimeries de Cagliari, celle de l’archevêché, et celle de C.Timon. L’imprimerie n’a jamais été très-productive dans l’île, et MM. Firmin Didot imprimaient plus il y a quelques années en deux ans, qu’il n’a été imprimé dans toute la Sardaigne en deux siècles. Les livres nécessaires aux deux universités venaient de l’étranger » (M.V.). 11. Après le vin, le sel était le produit le plus important de la province de Cagliari. Il était extrait de salines arti-

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