Niépce correspondance et papiers

N IEPCE 167 118 1792 1795 mains s’agitaient ! comme tes petits pieds se remuaient ! comme ta jolie figure s’animait ! Ton père, ta mère, ta bonne, tes chèvres, tu oubliais tout pour sourire avec ton ami. Quel plaisir j’aurais goûté un jour en te voyant folâtrer avec tes compagnes dans le jardin de l’en- fance ! Mais la mort, la mort insensible aux cris de ta mère 1 , t’a arrachée à nos tendres caresses, et nous a plongés dans un deuil éternel 2 . Lorsque, de retour de mon travail 3 , j’entre dans ma chambre, je ne te vois plus, ô ma Julie ! me tendre tes petits bras, et me sourire innocemment ! je ne trouve plus que ta mère fondant en larmes. Si je m’assieds, tu n’es plus là pour venir sur mes genoux. Si je mange, tu n’es plus là pour manger avec moi. Si je t’ap- pelle, ô ma Julie ! tu n’es plus là pour me répondre. Vainement j’évoque ton ombre autour de moi, vainement je lui prête tous tes traits, toutes tes grâces, toute ta gentillesse, toute ton intelligence...... Si je veux courir après toi, hélas ! je m’aperçois bientôt qu’il ne me reste de ma Julie que la douleur de l’avoir perdue. Mais quelque amères que soient nos larmes, ô ma fille ! tu vivras toujours dans le cœur de ton père et de ta mère ; et dans nos jeux, dans nos plaisirs, dans nos travaux, nous croirons t’avoir encore au milieu de nous [...] EDUCATION NATIONALE QUATRIEME AGE Depuis dix ans jusqu’à dix-sept De l’Homme [...] Ainsi de même qu’à l’âge de 7 ans vous avez arraché au père et à la mère leurs gar- çons, pour qu’ils apprissent de bonne heure à s’attacher plus à leur commune qu’à leur famille ; de même à l’âge de 10 ans, vous arracherez à la commune tous ses élèves, pour qu’ils apprennent à s’attacher plus à la nation qu’à la commune [...] Je choisis donc, le premier germinal pour le jour du départ... Quel jour ! Quel jour !... Voilà déjà les mères tout en larmes. Les sœurs, de leur côté, feignent de pleurer aussi leurs frères ; mais les friponnes pleurent en secret le jeune amant avec lequel elles se plaisaient tant à chanter dans le temple [...] Enfin voilà tout notre monde en campagne ! Voilà tous nos Ulysses en plein champ ! Et où vont-ils coucher, ces pauvres garçons ? Belle demande ! Ils vont coucher là où la nuit les surprendra : ils portent toujours leur lit avec eux (1) 4 [...] Peu importe que nous restions plus ou moins de temps dans tel ou tel lieu ; l’essentiel est que, dans l’espace de sept ans, nous ayons parcouru toute la République [...] Pour moi je me représente déjà notre colonie rustique transformée en ville naissante. Tandis que les uns dans les champs manient la bêche et le hoyau, la serpe et la faucille, jus- 1. Selon certain indice, on peut présumer que Claudine était seule avec sa fille à ce moment-là (v. 122). Précisons que nous n’avons aucune preuve que la petite Julie soit morte à Paris. 2. Claudine ayant épousé Jean-Gervais le 23 janvier 1793 (v. 83), on peut penser que la naissance de Julie avait eu lieu vers la fin du mois d’octobre. 3. Au comité d’Instruction publique où Jean-Gervais avait repris du service un an auparavant (v. 103), précisé- ment dans l’entourage de l’abbé Grégoire. 4. « On m’a parlé d’une tente dont l’invention m’a paru extrèmement intéressante : c’est une espèce de para- sol sous lequel le soldat pourrait coucher suspendu, comme le sauvage dans son hamac. J’aimerais beau- coup une pareille tente pour nos élèves : ils seraient bien plus faciles à surveiller pendant la nuit, et ils n’au- raient pas à craindre l’humidité » (Note de Labène).

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