Niépce correspondance et papiers

1. Sic. 168 C ORRESPONDANCE ET PAPIERS qu’à ce que devenus plus forts, ils puissent diriger la charrue, les autres dans la ville nou- velle s’exercent à manier le rabot et la truelle, la scie et la hache, le marteau et la lime. De toutes parts l’air retentit de chansons analogues aux travaux de chaque ouvrier ; de toutes parts le refrein 1 chéri : VIVE LA REPUBLIQUE, se fait entendre : on s’excite ; on s’ai- guillonne ; on s’anime ; l’on s’amuse en s’instruisant. Ne craignez point de confusion : chaque millerie formera sa commune, chaque cen- turie, chaque décurie sa chambrée. Que ces communes ambulantes soient en tout modelées sur vos communes séden- taires ; qu’il y ait un maire, un agent national, des commissaires de quartier, des juges de paix, un jury, etc., et que le reste soit peuple. Qu’elles offrent en même temps l’image d’un camp ; qu’il y ait un commandant militaire, des centurions, des décurions, un commissai- re des guerres, un conseil de discipline, etc., et que le reste soit soldat [...] Rappelons nous cependant que nos officiers civils et militaires n’ont encore que dix ans : tous ces inspecteurs seront donc inspectés eux-mêmes [...] Faisons des agriculteurs, des charrons, des forgerons, des menuisiers, etc., mais gar- dons nous bien d’oublier notre but principal, qui est de faire des citoyens. J’ai déjà dit que nos élèves recevraient le bulletin national : ce sera le foyer d’où jailli- ra en eux la première étincelle de l’esprit public. Tous les jours, le bulletin sera lu par cen- turies [...] La lecture finie, qu’il soit permis à chaque membre de se lever, et de dénoncer les abus qu’il a pu remarquer dans la commune, les négligences dont il a pu être témoin, les délits dont il a pu avoir connaissance [...] Voici à peu près comme je partagerais la journée. Dans la belle saison, on se leverait à quatre heures. Une musique brillante et gaie commencerait par éveiller les esprits engour- dis ; mais bientôt, lorsque la millerie serait toute assemblée, la musique prenant un ton plus grave et plus majestueux, on chanterait les louanges de l’être suprême, qu’on terminerait par un doux élancement vers la patrie. Trois ou quatre strophes chantées en chœur suffiraient. L’aspect imposant de la nature, le lever du soleil, le chant des oiseaux, le cours majestueux d’un fleuve, ou le silence religieux des bois, ou la fraîcheur délicieuse d’une prairie, porte- raient dans l’âme des impressions mille fois plus douce, mille fois plus vives, que les paroles les plus sublimes et les chants les plus harmonieux... La prière finie, chaque décurie se reti- rerait dans ses ateliers ; et la décurie agricole dans son champ : on travaillerait jusqu’à huit heures.— A huit heures, le déjeûné.— A dix, la reprise des travaux jusqu’à une heure.— A une heure, le diné.— Après le diné, chaque centurie irait se promener dans les champs, pour connaître le pays, sa culture, ses productions, ses plantes, ses arbres, ses minéraux, ses qua- drupèdes, ses volatiles, etc.; tout ce qui s’offrirait aux yeux serait soumis à l’examen le plus sévère : une fourmi occuperait comme un bœuf.— A cinq heures, on rentrerait dans le camp pour se livrer à l’exercice militaire, et à tous les jeux de la gymnastique.— A huit heures on se réunirait par centuries, pour faire quelques observations astronomiques ; et la contem- plation du ciel nous élevant à la connaissance de l’être suprême, dans un mouvement de reconnaissance, nous chanterions de nouveau ses louanges, que nous mélangerions avec celles de la patrie... Après quoi, chaque décurie se retirerait sous sa tente, aux sons mélo- dieux d’une musique langoureuse, propre à appeler Morphée avec tous ses pavots [...] C’est ainsi que nos jeunes Français verraient couler leurs jours au sein des cam- 1792 1795 1792 1795 Du 10 août jusqu’à la fin de la Convention

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