Niépce correspondance et papiers
N IEPCE 169 pagnes, au milieu des études, des jeux et des plaisirs : c’est ainsi qu’ils passeraient les huit mois les plus brillants de l’année.....(1) 1 Mais, le premier frimaire arrivé, la terre n’a plus besoin de bras [...] Amis, rentrons dans la ville voisine. J’aperçois déjà tous les citoyens qui s’avancent au devant de nous ; j’entends déjà les chœurs des jeunes vierges qui nous invitent à venir partager leurs plai- sirs : mères et vieillards, femmes et enfans, tous s’empressent de recevoir les élèves de la patrie ; tous leur promettent la plus tendre hospitalité. Voici le moment du repos ; voici le moment des fêtes. Tous les jours les deux sexes vont se réunir ; tous les jours sous de vastes portiques, en présence de la commune assem- blée, ils vont marier leurs voix ou leurs pas aux sons de mille instrumens ; tous les jours, sur un théâtre national, ils vont représenter des pièces civiques ; et le peuple, ivre de joie et de plaisir, va applaudir aux talens naissans des jeunes acteurs. Prépare tes flèches, Amour, aiguise tous tes traits ; les victimes viennent s’offrir sous tes coups. Frappe ; mais que le même dard qui percera le cœur d’un jeune élève, aille atteindre le cœur d’une jeune vierge ; laisse là tes ailes, déchire ton bandeau : je ne te reconnais plus pour le fils de l’im- pudique Vénus ; je ne vois plus en toi que l’enfant de la nature... Qu’il serait beau, qu’il serait utile, un plan dramatique qui, embrassant dans une suite non interrompue de pièces de théâtre toutes les révolutions enfantées par le génie de la liberté, tous les fastes des peuples, tant anciens que modernes, qui ont lutté contre la tyrannie, formerait pour de jeunes élèves une histoire vivante, et, pour ainsi dire, chrono- logique de tous les évènemens qui se sont succédés sur la scène du monde 2 , de tous les hommes qui se sont rendus célèbres soit par leurs vertus, soit par leurs forfaits ! [...] Oui, j’ose le dire, un pareil ouvrage, entrepris par un homme de génie qui, moins amoureux d’une gloire éphémère que du bonheur public, y consacrerait tous ses soins, tout son zèle, tout son temps, serait le don le plus précieux fait à la République. Mais où les trouverons-nous, ces ouvriers habiles, qui veuillent se sacrifier pour la chose publique ? Presque tous les gens de lettre ont trahi la patrie par leur coupable silen- ce ou leurs infâmes productions. Ils se disaient libres, lorsque nous étions esclaves ; et maintenant ils regrettent l’esclavage lorsque nous nous efforçons de devenir libres : êtres vils et lâches, qui allaient rêver la liberté du monde dans l’anti-chambre d’un ministre ; qui prêchaient la vertu dans les boudoirs d’une courtisane ; qui s’arrogeaient sans pudeur le titre de philosophes, en courant après la fortune! Laissez-les s’enivrer de tout leur mérite, ces grands hommes d’un jour ! Laissez-les s’enorgueillir sur les débris de leur célébrité ! Mais encouragez ces génies naissans que le souffle du vice et du royalisme n’a pas encore infectés ; ouvrez-leur vous-mêmes la carriè- re qu’ils brûlent de parcourir ; tendez-leur une main protectrice ; et bientôt vous verrez éclore des Eschyle et des Sophocle, des Térence et des Molière 3 . Hâtez-vous : le moment presse. Jamais il ne fut si instant de régénérer l’esprit public. 1. « Voilà un plan dont l’exécution paraîtra bien difficile,uniquement parce que l’invention en est nouvelle ; car tout ce qui contrarie notre vieille routine nous paraît monstrueux » (note de Labène). 2. Question qui tenait Jean-Gervais à cœur. La bibliothèque de l’Institut conserve de lui un Abrégé chronolo- gique et résumé d’Histoire (en neuf cahiers d’Histoire ancienne et dix-huit cahiers d’Histoire de France), ainsi qu’un cahier intitulé Des Plaisirs et des Jeux ; l’ensemble comprenant 642 feuillets (B.I.F. ms. 1619). 3. Au vu de l’avis que Jean-Gervais exprime plus loin sur la comédie, il peut paraître surprenant de trouver ici une référence flatteuse à Térence et à Molière. En réalité, il faisait sienne l’opinion de Rousseau qui sentait « chaque jour davantage que Molière est le plus parfait auteur comique » et, pour cette raison, n’en réprou- vait que plus l’immoralité de ses pièces et la comédie en général. 118 1792 1795792795
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