Niépce correspondance et papiers

172 C ORRESPONDANCE ET PAPIERS grandiront : leurs passions naissantes se prêteront assez à une mesure plus désordonnée ; le feu qui commencera à les dévorer ne demandera qu’à jaillir avec une plus forte explo- sion [...] D’abord les filles n’ont travaillé que pour elles ; c’était nécessaire, pour leur donner le goût du travail. Mais aujourd’hui, il faut qu’elles apprennent à travailler pour les autres ; c’est essentiel pour développer en elles les premiers germes de la sensibilité, de la généro- sité, de la bienfaisance.. Ainsi leur principale occupation sera désormais de filer, tisser, couper et coudre les chemises et les vêtemens que la patrie destine à l’indigence impotente ; et, comme aucun travail ne doit rester sans récompense, les ouvrières auront seules le glorieux privilège de distribuer au vieillard et à l’infirme l’ouvrage de leurs mains. Mais que ce jour de bienfaisance nationale soit une des plus grandes fêtes de la République ; que la pompe la plus auguste annonce la plus belle des institutions. Que toute la commune, en chantant des hymnes analogues à la fête, accompagne les jeunes vierges vêtues de blanc, parées de fleurs ; qu’entourées de leurs mères et des magistrats, elles mon- tent dans l’asyle du malheur et de la vertu ; que le vieillard, à l’aspect de la jeune beauté qui vient compâtir à ses maux, croie voir la divinité descendue du ciel pour le soulager, ou la Patrie elle-même venant avec tous ses enfans, pour le secourir.... ah ! que de larmes déli- cieuses couleront dans ce moment ! O ma Julie, quels auraient été les transports de ton père s’il eût pu te voir ainsi secourir l’infortune !... 1 A l’exemple de leurs frères, nos jeunes vierges visiteront les hôpitaux ; mais elles ne se contenteront pas d’étudier et les divers genres de maladies et les diverses propriétés des remèdes ; à tour de rôle, elles iront servir les malades, les aider dans leurs infirmités, les soulager dans leurs souffrances, les récréer dans les courts intervalles de leurs douleurs... toutes ces belles leçons d’humanité que nous donnions autrefois avec tant d’emphase, nos jeunes élèves les pratiqueront avec simplicité et modestie. Lorsque la nature aura annoncé qu’elle a tout préparé en elles pour les rendre mères, nous nous hâterons de les initier dans tous les mystères de la propagation [...] Flétrissez ce sot préjugé qui condamnait les femmes à l’ignorance. Pour moi je vou- drais qu’on apportât autant de soin à orner leur esprit, qu’à cultiver celui des hommes [...] Des moyens de conserver et vivifier les Arts [...] Qui pourrait dénombrer toutes les connaissances nécessaires à l’artiste ? Depuis les cieux qui roulent sur sa tête, jusqu’à l’herbe qui croît sous ses pieds ; depuis l’origine des siècles, jusqu’au moment qui l’inspire ; depuis les régions les plus lointaines, jusqu’à l’ombre qui le suit, son génie embrasse tout. La mer et ses tempêtes, la terre et ses merveilles, l’hom- me et ses passions, la fable et ses prestiges, tout entre dans l’étude de l’artiste, et ce qui exis- te, et ce qui n’exista jamais. Il a besoin de la philosophie pour connaître les divers caractères des sensations ; de l’histoire pour en peindre fidèlement les personnages ; de la science de l’équilibre pour bien poser et pondérer ses figures ; de l’optique pour bien tracer et diriger les lignes de la perspective 2 ; de l’anatomie pour bien dessiner et exprimer les masses et les arti- 1. Julie est évoquée une troisième fois dans le livre, page 236. 2. Labène faisait ici référence à la chambre à dessiner, très en vogue au XVIII e siècle. C’est par ce moyen que Canaletto et Guardi dressaient leurs perspectives. 1792 1795 1792 1795 Du 10 août jusqu’à la fin de la Convention

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