Niépce correspondance et papiers
176 C ORRESPONDANCE ET PAPIERS 1792 1795 1792 1795 Du 10 août jusqu’à la fin de la Convention Et puis ? — De jeux. — Et puis encore ? — De jeux. —De jeux ? — Oui ; je veux qu’ils devien- nent citoyens en jouant .... Surtout imprimez à ces jeux une physionomie nationale (des jeux qui ont une physionomie !) ; » variez-les tant qu’il vous plaira ; mais que j’y voie toujours le cachet de la République. » — Est-ce le cachet de la République, sur la physionomie des jeux ? — Quoi qu’il en soit, on voit que le citoyen français, Labene, veut être agréable aux enfans ; il propose pour eux des jeux, toujours des jeux, rien que des jeux. Il en fera sans doute des grands joueurs. Mais comment conciliera-t-il ce résultat amusant, avec le désir qu’il témoigne, que l’élève sache tous les arts, tous les métiers, toutes les sciences ?.. Je sais bien que Mme de Genlis, dans son excellent ouvrage d’ Adèle et Théodore, a proposé d’instruire les enfans en les faisant jouer. Cependant je l’avoue, il m’a semblé que l’éducation était une chose trop grave, trop sérieuse, trop nécessaire, pour ne la recevoir qu’en jouant. Est-ce que nous ne sommes nés que pour nous amuser et jouer toujours ? N’y aurait-il pas du danger à nous rendre si joueurs ? La vie n’est-elle pas une chose plus importante qu’elle ne le serait, si l’on ne faisait que jouer ? Il me semble que cette question, si je voulais la résoudre complètement, m’amè- nerait à faire un livre, et je n’ai nulle envie d’aller sur les brisées du citoyen Labene. Ce bon citoyen nous dit encore, avec une extrème émotion : « L’ égalité est décrétée : mais avez-vous vu la femme d’un négociant aller avec la femme d’un cordonnier ? » — C’est vraiment dom- mage ! quelle aristocratie ! comment ! la femme du banquier ne fera pas monter dans son salon sa cuisinière pour dîner avec elle ?... Cela est criant ! il paraît que le citoyen Labene est disposé à dîner avec tout le monde, et qu’il va dans la rue côte-à-côte avec qui que ce soit, en l’honneur de l’ égalité. — Mais parlons sans plaisanterie. Qu’il y ait une égalité des droits, cela est juste sous ce rapport ; et, devant la loi, tous les hommes sont égaux. Mais y a-t-il égalité de position, de sentiment, de fortune, d’éducation, de puissance ? Doit-on confondre l’égali- té politique avec l’égalité des mœurs et des manières ? Quand les arts, le commerce, l’indus- trie existent, ne doivent-ils pas produire nécessairement inégalité de richesse, différence de goûts et d’habitudes ? — S’y méprendre, c’est ne pas raisonner, c’est se montrer plus jaloux que logicien, plus envieux que publiciste*. [...] 122 Lettre (B.H.V.P. Ms. 776 f° 35). Inédit Paris, 5 mars 1795. Jean-Gervais aux membres de la société populaire de Villeneuve-sur-Vanne. Freres et amis, D’après l’accueil flatteur que la Convention et le public viennent de faire à mon ouvra- ge 1 , j’ai cru que vous en recevriés avec plaisir un exemplaire : je vous l’offre en reconnoissan- ce de toutes les bontés dont vous m’avés honoré. Je n’oublierai jamais les doux moments que j’ai passés auprès de vous ; et cependant ils m’ont cousté bien cher ! 2 ... Les principes que je professe dans mon ouvrage sont les mêmes que j’ai professés dans votre sein : pour être libre, il faut être honnete-homme ; et que les vertus civiques ne brilleront que là où brillent les ver- tus domestiques. Ils ne vous sont pas étrangers, ces principes ! Depuis si longtems vous les 1. V. 118-121. 2. Allusion probable à la mort de sa fille. Dans ce cas il faut en déduire que Jean-Gervais était absent de Paris lors du drame.
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