Niépce correspondance et papiers

196 C ORRESPONDANCE ET PAPIERS 137 Liste (A.D.A.M. L 974) Nice, 1795. Souvenir de la réaction thermidorienne 1 . Liberté Egalité La probité la vertu, l’humanité, la bienfaisance, & la justice etant à l’ordre du jour, les hommes qui par les fonctions qu’ils exercent, sont au cas de surveiller sans cesse la tran- quillité publique ne doivent considerer que l’impulsion de leur civisme caractérisé par touttes les qualités, etouffer touttes les animosités etre en garde contre la prevention, faire connoitre les hommes danjereux dans la societé, par l aristocratie qu’ils exerçaient sous le faux masque d’un patriotisme guidé par leurs caractère ambitieu, dominatif, cupide, ou tar- tuffe le plus danjereux encore, sont ces scelerats qui oubliant le principe republicains & sans cesse altérés du sang humain, ne remplissoient les places qu’ils occupoient qu’en fai- sant rependre celui de leurs innocentes victimes, souvant par la prévarication, la plus punissable, les coupables du glaive de la loy pour le faire tomber sur l’innocent, & faisant suspendre le cours de la justice, sur un coupable dont les preuves de ses attentats existent dans le greffe des tribunaux, ainsi en chargeant le Directoire 2 de vous presenter la liste de ces ames perfides, & crueles, de meme que de ceux qui cherchoient à égarer le peuple par leurs vues secondes, il doit faire deux cathegories, savoir, celle de beuveur de sang 3 , & celle des ambitieux mais en adoptent ces distinctions, il doit etre à meme d’en fournir la preu- ve affin de concerver l’edige 4 de sa vertu. 1. En se référant largement au témoignage du prédicateur Bonifassy (1770-1842), « ennemi déclaré de la Révolution [...] qui représente nettement le parti sarde », Combet a rendu compte de l’évolution de la situa- tion au fil des quinze mois que dura la Convention thermidorienne. « Après le 9 thermidor, changement à vue. Une politique de tolérance est adoptée par le Conseil municipal, et elle permet à l’opposition de réap- paraître. Les notes journalières de Bonifacy l’indiquent de façon très nette. Dès juillet, il note que la mort de Robespierre,“dieu de la Terreur”, permet au peuple de respirer plus librement et de parler [...]. Il y eut une réaction thermidorienne assez violente qui eut son point culminant en floréal an III [avril-mai 1795] et qui ne devait, en réalité, cesser qu’après le 13 vendémiaire an IV [5 octobre 1795 : date du coup de force des royalistes, réprimé par Bonaparte, le subordonné de Barras]. Bonifacy déclare, en 1795, que l’on penche enfin vers le modérantisme. Les sans-culottes sont réduits à se visiter la nuit [...]. Les deux plus célèbres ter- roristes, Tiranti et Guigo,“les deux plus riches des biens d’autrui”, sont obligés de tenir leurs conciliabules secrètement (mars-avril 1795). Le 30 avril 1795, le chroniqueur annonce avec joie le désarmement des ter- roristes. Une liste de cinquante-six noms fut dressée, douze terroristes furent arrêtés, quarante-quatre désarmés et placés sous la surveillance de la police ; quinze de ces suspects étaient niçois. Cette liste fut dressée sur les ordres de Beffroy [Suivent les noms, dont quarante-cinq - sans aucun juif - figurent dans la liste que nous publions]. La plupart de ces hommes “dévoués au terrorisme et buveurs de sang”. Enfin, le 27 juillet 1795, à la nouvelle de la “destruction totale du club”, le peuple fut “content pour la première fois”, quoique l’antique joie niçarde eût disparu. A la suite de ces exécutions, le 29 messidor an III [17 juillet 1795], le Comité de sûreté générale et de surveillance de la Convention nationale félicita Beffroy, que Bonifacy appelle le“factotum de cette époque”.“L’esprit beffroyen devait continuer à travailler les passions de ses vils courtisans” jusqu’en nivôse an IV (A.D.A.M. L. suppl. 462-464 bis). Cette politique de vengeance provoqua des protestations très vives [...]. En thermidor an III, Debray, du département des Alpes-Maritimes, deman- dera une enquête approfondie sur la conduite de Beffroy. Il a, dit-il, favorisé les émigrés et les prêtres réfrac- taires. Plus de cent-cinquante sont rentrés à la faveur des certificats délivrés par les autorités réorganisées par Beffroy, lesquelles sont d’accord avec la cour de Turin [...] » (J.C.2 pp. 296-297). 2. Indication qui permet de dater approximativement le document du début de l’automne 1795. 3. Formule à la mode. Nous l’avons déjà trouvée sous la plume de Labène (v. 122). 4. Lire l’égide. 1795 18040 Du début du Directoire jusqu’à la fin du Consulat Du début du Directoire jusqu’à la fin du Consulat

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