Niépce correspondance et papiers

202 C ORRESPONDANCE ET PAPIERS furent délivrés // sous la date du 6. prairial dernier 1 , et arriva ici le 3 juillet (.v.s.). Deux mois après environ, j’appris qu’elle avoit beaucoup souffert sur mer, et que malade des suites d’une navigation longue et pénible, elle réclamoit ma présence et mes soins. J’obtins un passe-port en date du 7 fructidor suivant 2 , et je partis de Nice avec l’intention de l’y ramener avant ses couches. Retenu à Gênes à cause de l’insurrection qui s’y manifesta pen- dant mon séjour, je ne pus m’embarquer que le 13. septembre 3 , sur un bâtiment espagnol destiné pour Cagliari ; et après une traversée où nous eumes à lutter à la fois contre tous les elemens ; après avoir été réduits à bivouaquer pendant cinq jours, sur les rochers du cap Carbonara 4 , afin de nous soustraire à l’acharnement d’un corsaire anglais qui vint nous attaquer la nuit, sous le canon de la tour près de laquelle nous étions mouillés ; nous débarquames dans le port de cette capitale, le 8. octobre, c’est-à-dire six semaines après mon départ de Nice. .A mon arrivée, je trouvai ma femme au dernier mois de sa grossesse ; la saison com- mençoit à devenir mauvaise, et la croisière d’un grand nombre de corsaires ennemis, ren- doit la navigation très dangereuse dans ces parages. Nous fumes donc forcés de différer notre départ. Je m’empressai d’en prévenir le département par ma lettre du 20 octobre, et je sollicitai en conséquence, le renouvellement de nos passe-ports. N’ayant pas reçu de réponse à cette lettre, je lui en adressai une seconde en date du 6. décembre, et ensuite, sous celles des 20. janvier, 10. // février et 12 mars 5 , trois autres qui ne furent pas plus heu- reuses que les deux premières. Les lettres que j’ai écrites pour le même objet, au C en . Gastaud 6 , commissaire du Directoire exécutif pres cette administrat on ., au C en . Raynaud 7 l’un de ses membres, ainsi qu’à differentes personnes de ma connoissance, ont toutes été également infructueuses. L’hiver s’est passé dans cette longue et pénible attente. .Cependant l’enfant que ma femme nourrit et dont elle a accouché le 1 er . novembre 8 , commençoit à prendre des forces, et quoiqu’il parut convenir que nous ne partirions pas sans avoir reçu de nouveaux passe-ports, nous n’attendions plus qu’une occasion sûre pour effectuer notre retour à Nice. .Cette occasion s’est présentée il y a quelques jours. Trois bâtimens ragusais 9 destinés pour la Rivière 10 , chargeaient ici du bled au compte du roi de Sardaigne. J’appris que notre embarquement eprouveroit des difficultés. J’adressai à cet effet, une requête au vice-roi qui me répondit verbalement, que dans les circonstances présentes, il ne pourroit nous per- mettre de passer à bord de ces bâtimens, sans exposer la cargaison à être prise ; et je ne pus même obtenir l’acte de refus, que je le priai de me faire délivrer pour notre décharge. Au 1. 25 mai 1797. 2. 24 août 1797. 3. Gênes devint puissance indépendante, sous le nom de République ligurienne, le 17 du mois suivant (traité de Campo-Formio). 4. Au sud de la Sardaigne, le cap Carbonara fait l’angle entre la côte est et le golfe de Cagliari. 5. Nous n’avons pu retrouver aucun de ces cinq documents. 6. André Gastaud (1755-1821). Né et mort à Nice. Il y était commerçant lorsque il avait été nommé secrétaire de la Convention locale. Il se prononça pour la réunion du comté de Nice à la France. Ainsi que le précise Nicéphore, il fut commissaire du Directoire exécutif dans les Alpes-Maritimes.Trois semaines auparavant, le 15 avril 1798 (21 germinal an VI), il avait été élu député au Conseil des Anciens. Il quittera cette assemblée en l’an VIII (D.B.F.). 7. V. 116n. 8. V. 139. 9. Raguse (Dubrovnik), en Dalmatie, dépendait de l’empire autrichien depuis le traité de Campo Formio. 10. La Riviera, correspondant sensiblement à la République ligurienne. 1795 180490 Du début du Directoire jusqu’à la fin du Consulat

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