Niépce correspondance et papiers

208 C ORRESPONDANCE ET PAPIERS pour avoir attendu 1 : la guerre, qui selon toute apparence, va recommencer avec l’empe- reur 2 , et la conquête déja [...] avancée du royaume de Naples, rendront les bonnes places un peu moins rares qu’elles ne le sont ici dans ce moment 3 . .Le peu de place que j’ai à remplir dans cette lettre, ne me permettant pas de répondre d’une manière détaillée aux différens articles des deux votres, je me borne, ma très chère mère, à vous réitérer l’assurance de mes eternels remercimens ; et vous prie de croire que mon respect et mon attachement peuvent seuls, egaler les sentimens de reconnoissance que nous vous devons à tant de titres. J h Niepce P.S. Veuillez bien je vous prie, ma très chère mère, dire mille choses affectueuses de ma part, à mon frère, et ne pas m’oublier auprès des personnes de notre connoissance. Je souhaite le bonjour à tous nos gens de la ville et de la campagne 4 . [N.s.m.] Comme nous n’avons qu’une même manière de penser et de sentir, je ne puis ma très chère Maman m’exprimer autrement que la fait Nicéphore pour vous manifester ma joie et ma reconnoissance 5 purger entièrement la ville de ceux des Français qui ne doivent point y rester » (S.H.A.T. B 3 * 286,10 fruct.VI ). Malgré l’arrêté du Directoire du 7 septembre, ordonnant d’expulser sans délai de l’Italie tout Français qui s’y est rendu sans mission depuis l’entrée des armées de la République , la situation restait inextricable. A Milan, le jour même où Nicéphore écrivait à sa mère, Amelot de Chaillou, commissaire civil du Directoire, prit l’ar- rêté suivant : « Tout Français actuellement à Milan, non attaché à un corps militaire d’une armée, de l’am- bassadeur, du commissaire-ordonnateur, sera obligé de remettre d’ici au 8 pluviôse [27 janvier], pour tout délai, au secrétariat du commissaire civil, casa Castiglione, sa déclaration contenant : 1° ses noms et pré- noms, 2° son âge, 3° le lieu de sa naissance, 4° l’époque de son entrée en Italie, 5° les motifs qui l’y ont fait venir, 6° son état ou ses fonctions avant cette époque, 7° son état ou ses fonctions depuis cette époque, 8° la date de sa commission, s’il en a une, ou, à défaut, les motifs de son séjour, 9° le lieu habituel de sa rési- dence en Italie, 10° copie de son certificat de non émigration » (S.H.A.T. B 3 58). En ce qui concerne Nicéphore, nous ne pouvons malheureusement répondre aux questions qui constituaient l’essentiel de cet interrogatoire (questions 4 à 9). Etait-il en situation régulière ? Dans le cas contraire, n’étant pas « placé », il n’avait que dix jours pour régler le problème. 1. Ceci prouve que les trois frères Niépce ne vivaient pas de leurs rentes et explique que, privés de ressources jusqu’à la décision de leur mère de leur « relâcher l’usufruit » de la succession paternelle, ils se soient trou- vés dans l’obligation de gagner leur vie. Par ailleurs, cet espoir d’un nouvel emploi ne laisse pas d’être sur- prenant. Comment Nicéphore, déclaré « infirme » en 1794 (v. 126), du fait d’une « vue naturellement si basse qu’il ne peut distinguer et même apercevoir qu’avec beaucoup de peine les objets les moins éloignés » (v. 101, 114), pouvait-il espérer « être placé d’une manière avantageuse » en 1799 ? 2. Francois II (v. 71n). La guerre à l’Autriche sera déclarée le 12 mars. L’Autriche faisait partie de la seconde coa- lition qui s’était formée progressivement depuis le printemps de l’année précédente. Lui étaient alliées la Russie, les Deux-Siciles, la Porte ottomane et l’Angleterre. La Turquie devait entrer dans la coalition quatre jours plus tard (le 21 janvier) par le traité de Constantinople, signé avec le roi des Deux-Siciles. 3. Nous ignorons à quelle date Nicéphore quitta l’Italie. La chute de Milan, dès le 28 avril, ou, plus générale- ment, la perte progressive de toute l’Italie jusqu’à la fin de l’été, réglèrent sans aucun doute cette question. Qu’il ait alors regagné Nice est le plus probable. 4. Marque d’attention que l’on retrouvera souvent.Sa présence ici prouve bien que Madame Niépce,légalement domiciliée à Paris depuis l’an V (v. 142), n’en continuait pas moins à séjourner régulièrement en Bourgogne. 5. Ces lignes occupent le peu de place restée libre au bas de la page. Une bande de papier a été collée sur le document original conservé à Cologne. Nous ignorons si celle-ci dissimule une signature. Ces quelques mots sont sans aucun doute de la main de Claudine. Sa présence à Milan suscite de nombreuses questions auxquelles nous ne pouvons répondre. Y avait-elle rejoint ses frères ? Avait-elle fait en leur compagnie le voyage depuis Nice ? Au contraire, la sachant à Milan, Nicéphore et Claude l’y avaient-ils retrouvée ? Claudine y était-elle seule ? Accompagnait-elle son futur second mari ? 1795 180490 Du début du Directoire jusqu’à la fin du Consulat

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