Niépce correspondance et papiers

N IEPCE 413 lement été vendus au nommé Miette, à raison de 214 f. la queue* non envaissellée 1 . Les termes de paiement sont moitié le 26 juin courant, et le reste dans 3 mois. M r Lacroix neveu de M r Dureault, et M r Verpiot sont de société et cautions./. M r Fitz-Villiam nous a fait l’honneur de venir nous voir à S t Loup et de dîner avec nous, il y a eu vendredi passé 8 jours. Il nous a témoigné tout le plaisir qu’il avait eu à te voir, mon cher ami, et nous a répété que si nous étions dans le cas de porter notre découverte à Londres 2 , il nous procu- rerait d’excellentes recommandations. Enfin il a ajouté qu’il avait toujours conçu pour nous une estime et une considération particulieres ; qu’il nous priait de lui faire l’amitié, lorsque nous irions à la ville, de lui demander à dîner sans cérémonie./. L’eau quoique très haute, n’était pas encore hier dans la prairie de St. Loup ; mais le tems vient de se mettre décidément à la pluie et s’il ne change pas je crains bien que l’inondation ne soit totale ; cequi arriverait bien mal à propos ; mais peut être en serons nous quittes pour la peur. [E.m. p. 6] Je te le manderai dans ma prochaine lettre. Les blés sont superbes et sur- tout singulierement épais. Les trémois* poussent à merveille, et les vignes jusqu’ici pro- mettent beaucoup. Quant aux fruits il y en aura beaucoup moins qu’on ne croyait : une petite gelée blanche et une bise très froide survenues pendant la floraison, ont laissé bien peu de chose en comparaison de cequ’il était permis // [E.m. p. 5] d’espérer. Si l’inondation n’a pas lieu, on fera aussi beaucoup de foin. On devait faucher demain ton pré de l’Etang 3 ; mais il faudra remettre cette opération à un autre jour, car la terre serait trop mouillée. Je ne présume pas que l’herbe ait été jamais plus fourrée qu’elle l’est cette année. Daigne la providence bénir ces belles récoltes pour le bien général, // [E.m. p. 1] et pour mettre nos fermiers dans le cas de nous payer un peu mieux. Au reste, mon cher ami, j’espère que nous ferons face à tout, et tu ne dois pas avoir d’inquié- tude là dessus. Comme nous serons ici bien certainement la semaine prochaine, notre pre- mier soin sera de te faire passer des noyaux*. Nous sommes grace à Dieu, en bonne passe : il faut battre le fer quand il est chaud : une économie // [E.m. p. 2] mal entendue pourrait même nous être préjudiciable. Nous n’avons jamais séparé tes intérêts des nôtres, mon cher ami ; ainsi nous puiserons dans notre bourse comme dans la tienne : c’est de toute justice et nous serions bien fâchés que ça fût autre- ment. Si l’expérience en question réussit à souhait ainsi que tout porte à le croire, tu pour- ras tenir la prune un peu plus haut, avec toute l’honnêteté // [E.m. p. 3] possible, afin d’obtenir un plus grand degré de turgitude 4 . Il sera donc fort sage de bien scruter l’arrangement par ecrit ; car si nous avions affaire avec des gens astu- 1. Embouteillée. 2. L’exemple de l’Angleterre, qui avait amorcé sa révolution industrielle, fascinait tout naturellement Claude et Nicéphore. Dès l’année suivante, Claude y emportera leurs derniers espoirs d’exploiter le pyréolophore. 3. La parcelle Niépce du Pré de l’Etang s’étendait sur 27 ares 30 centiares (v. App. XXIII). 4. Quelque chose comme te sentir gonflé d’importance et disposer d’une plus grande marge de manœuvre ; « turgitude » étant un amalgame de turgide et de latitude. Sans doute trouvait-on ce mot dans la bouche d’un Langrois, d’un Baptiste, d’un père Fleurot… Nicéphore aimait particulièrement émailler ses lettres de leur vocabulaire. 254 1815 1824 1 8

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