Niépce correspondance et papiers

N IEPCE 415 niere contenait copie du traité provisoire que tu nous avais adressé 1 . Si le groupe* arrive assez à tems à Châlon, il pourra bien partir par la diligence de ce soir, et dans ce cas il te parviendrait aussitôt que ma lettre. Ta vache ou plutôt ta génisse a été livrée et payée rubis sur l’ongle comme ça devait être. Ton taureau n’est pas encore vendu : on n’en veut don- ner que 10 louis 2 , et il vaut mieux que cela : il faut encore attendre un peu, et je pense bien que ça ne sera pas le dernier mot. La navette que tu avais fait semer à la Varenne, a été moissonnée ; il y en a eu 4 chars qui pourront rendre à ce qu’on dit 50 mesures. Il a beau- coup plu l’avant derniere nuit et celle-ci, cequi fera grand bien aux prés. M r de Chardonnet 3 m’a expliqué comment M r de Jouffroi avait obtenu un brevet qui lui accordait la priorité d’invention. Il y a environ trente ans que M r le marquis de Jouffroi obtint un privilège et remit ses plans et mémoire au secretaire de l’académie des sciences. Ces piéces, pendant la Révolution, furent soustraites et livrées à Fulton 4 qui comme tu le sais, en a tiré bon parti. Il est aisé de faire des découvertes de cette maniere-là. Il n’en est pas de même de la nôtre, Dieu merci : elle est de bon aloi, et j’espère qu’elle attachera notre nom à la postérité : le mérite de la chose en elle-même, aidé du concours de tes moyens personnels, nous en est un sûr garant 5 . // 1. La lettre aussi bien que la « copie du traité provisoire » nous sont inconnues. Ce « traité » n’ayant jamais été signé (v. 258, 260, 282), le document en question n’était qu’un projet. Les Niépce en étaient vraisemblable- ment eux-mêmes les rédacteurs. A l’appui de cette hypothèse, certain propos de Nicéphore qui, un an plus tard, lorsqu’il sera question de créer une autre société à Chalon, suggérera à Claude de confier la rédaction du contrat à « une main étrangère » (v. 310). 2. Soit 235,50 F. 3. Louis-Marie-Hilaire Bernigaud de Chardonnet (1777-1855, né et mort à Chalon) était le fils de Jean-Louis Bernigaud de Grange (1740-1798), qui fut lieutenant général du bailliage de Chalon, député du tiers aux Etats Généraux. Arrêté en même temps que son père, il avait été incarcéré à Beaune et remis en liberté le 23 août 1794. Il servit dans l’armée impériale. Quatre mois plus tôt (le 28 février 1816), il s’était fait anoblir par Louis XVIII en raison des services rendus à la monarchie par sa famille. Il sera nommé sous-préfet de Chalon le 5 février 1825. Candidat aux élections législatives du 24 novembre 1827, bien que ne payant pas le cens requis par la loi pour être éligible, il sera élu, mais verra son élection annulée le 11 février suivant et ne se représentera pas. Il avait épousé Etiennette (Marie selon Louis Gallas) de Riollet qui, en 1803, lui avait donné François-Marie-Gustave (D.B.F.). Monsieur de Chardonnet était donc le gendre de Monsieur et Madame de Morteuil. 4. Dans sa Biographie universelle, Michaud jeune, qui s’est largement étendu sur les nombreuses injustices qui marquèrent la vie de Jouffroy,a prudemment nuancé son propos sur la question :« [...] le bateau d’essai qu’il [Fulton] faisait naviguer près de l’île aux Cygnes n’était vraiment que la reproduction en grand du modèle de Jouffroy, modèle qu’on sait avoir été construit à peu près sur l’échelle d’un 25 e . Mêmes roues à aubes, même lien de la machine à vapeur aux roues,même rapport de la force motrice avec la résistance des aubes et la vitesse qui en résulte, mêmes dimensions, mêmes proportions, à moins qu’on ne prétende que 154 pieds sur 15 diffèrent essentiellement de 140 sur 14. Seule la machine à vapeur était tout autre. Mais encore une fois, l’invention du pyroscaphe ne consistait point à perfectionner la machine à vapeur ; mais à impri- mer, avec la machine à vapeur telle qu’elle existait un mouvement à des navires remontant le courant [...] ». Dans son article sur Fulton, le même Michaud est resté discret, se bornant à dire que l’Américain fut attiré à Paris par Joët Barlow (le diplomate, son compatriote), qu’il s’y voua exclusivement à l’étude de la méca- nique, et que « M.Barlow le mit en relation avec des savants de l’Institut, et des ingénieurs civils et militaires, dont la conversation et les écrits étendirent beaucoup le cercle de ses idées [...] » (B.U.). Sur cette question, et plus particulièrement au sujet de la compagnie Pajol, Andriel et C ie , Prost devait être catégorique : « Nous voyons que les actions de cette même société portaient, autour d’un des timbres dont elles devaient être frappées, ces mots :“ Honneur à Fulton ”d’où nous croyons pouvoir conclure : que l’ingénieur américain, dont le bateau lancé sur la Seine, le 9 août 1803 ressemblait si bien au modèle envoyé par Jouffroy à Périer, en 1794, était dans l’affaire, sous un prête-nom quelconque ; que l’un des buts secrets de la société était de tuer financièrement celle de Jouffroy » (J.C.A.P. p. 170). Selon Nicéphore enfin, la compagnie Pajol avait acheté le privilège de Fulton (v. 313). 5. V. 254n 255 1815 1824 1 8

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