Niépce correspondance et papiers
N IEPCE 419 .Nous sommes bien fâchés, mon cher ami, que tu aies été dérangé dans ton expérien- ce sur l’inflammation de l’huile de p. 1 ; mais d’après l’obligeante proposition de M r de La Chabaussiere, il faut espérer que tu ne seras plus exposé à ce désagrément ; car dans le fait, il n’y a rien de plus fatiguant, en pareille circonstance, que de ne pouvoir se soustraire aux regards scrutateurs des curieux. Heureusement, comme tu le dis, que le manque de succès ne tient qu’à un vice d’exécution qu’il sera aisé de réparer. Si tu parviens en effet à injec- ter l’huile de p. avec force afin que la vaporisation se fasse instantanément, il est hors de doute, mon cher ami, que tu obtiendras le résultat le plus satisfaisant. Pour atteindre ce but, il faudra donc d’après ta propre observation, lancer l‘huile à l’aide d’une petite pompe ou d’un très petit soufflet : de cette maniere l’injection sera plus prompte et s’effectuera avec beaucoup moins de force. Mais le point essenciel est de produire tout l’effet desiré avec la moindre consommation possible ; et je vois avec un bien grand plaisir, par la des- cription de ton appareil, que c’est aussi là l’objet que tu as principalement en vue. Il faut nous attacher à prouver que sous ce rapport, comme sous tous les autres, notre machine mérite la préférence 2 , et je crois que tu parviendras à résoudre ce problème. Je lisais der- nierement, dans notre journal, qu’on venait de faire à Londres l’essai d’un nouveau bateau à vapeur dont le mécanisme était plus simple et beaucoup moins pesant ; la pompe à feu ainsi // que les roues ne faisant qu’un poids de dix milliers* 3 . D’après ce calcul tu vois, mon cher ami, que dans les bateaux actuellement en usage, ce poids doit être bien plus considérable ; et que la résistance de l’eau croissant dans le rapport de la charge, une par- tie de la force motrice se trouve employée en pure perte. Le procédé que tu as imaginé pour remplacer les tuyaux de notre petit vaisseau 4 , me parait très ingénieux, très simple sur tout, et le plus propre à atteindre le but proposé ; car les flotteurs dont je t’ai parlé, ne pour- raient effectivement, comme je l’ai bien aussi pensé, être employé avec succès pour les rivières. Quoique je conçoive assez ton idée, je desirerais cependant, pour mieux saisir l’en- semble des détails, que tu eusses la bonté de m’envoyer le dessin au trait de l’appareil : je t’en serais bien obligé 5 . D’après une description que j’ai lue des bateaux à vapeur, les vannes 6 des roues ont 3 piés de large 7 , et leur imersion est de 16 pouces* 8 ; ainsi les deux roues déplacent 8 piés cubes d’eau 9 , ou pour mieux dire, elles frappent ce liquide avec une surface de 8 piés carrés ; mais lorsque le bateau remonte le courant, ces roues agissant sur un point d’appui qui fuit, ne peuvent plus trouver la même resistance, à moins que leur vitesse n’augmente en proportion de la vitesse du courant. D’après notre procédé et celui dont tu t’occupes, mon cher ami, la colonne d’eau sur laquelle la force motrice exerce son action, est toujours une masse inerte et dont toutes les parties se trouvant déplacées à la fois, doivent opposer une bien plus grande résistance ; et voilà d’abord, selon moi un avan- 1. L’huile de pétrole. 2. V. 254n. 3. Soit 4,895 tonnes. L’information était parue en première page de La Quotidienne du 30 juin. L’essai avait eu lieu le 25. Le bateau était allé du pont de Blackfriars à celui de Battersea en trente minutes ; et était redes- cendu de là au pont de Londres, en cinquante deux minutes (L.Q. n° 182). 4. Les tuyères (v. 185 mémoire art. 37 et plan 4). 5. Le peu d’éléments dont on dispose, ne permet pas de dire en quoi consistait le procédé imaginé par Claude en ce mois de juillet. Par contre nous savons ce qu’il deviendra en octobre (v. 273). 6. Pour aubes. 7. 97,4 cm. 8. 43,3 cm. 9. Soit environ 260 cm 3 . 257 1815 1824 1 8
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