Niépce correspondance et papiers
420 C ORRESPONDANCE ET PAPIERS tage des plus marquées. D’un autre côté le moteur agit immédiatement et de la maniere la plus directe sur la colonne d’eau, et si l’on ajoute à cela la plus grande simplicité, la plus grande légèreté de l’appareil, il faut convenir, que Dieu merci, ( que ) toutes les présomp- tions jusqu’ici sont en notre faveur, et que nous avons par devers nous quelque chose de plus réel que des projets 1 . Reçois donc nos félicitations les plus sincères comme les plus empressées sur l’heureux résultat du nouveau procédé dont tu viens de faire l’essai. Si les améliorations que tu as en vue, réussissent également bien, je serai charmé de le savoir, et je te prie, mon cher ami, d’avoir la bonté de m’en donner connaissance 2 . Quant à l’inflam- mation de l’huile de p., nous sommes convaincus qu’au moyen des changemens essenciels dont tu nous parles, la prochaine expérience que tu te proposes de faire en présence de M r . de La Chabeaussiere, sera couronnée du plus heureux succès : nous nous en rapportons à toi avec la plus parfaite sécurité, et nous sommes également impatiens d’apprendre le résul- tat de l’une et l’autre expérience. // .Nous sommes ici depuis mardi dernier. Comme Monseigneur le Duc d’Angoulême 3 arrive demain, nous ne retournerons pas à S t . Loup avant mercredi : parceque le prince doit passer la troupe en revue, et que nous aurons le plaisir de le voir ici plus à notre aise. Nous n’avons toujours point de chaleur et il pleut continuellement. La prairie n’est pas encore entierement découverte ; les blés de riviere paraissent perdus sans ressource ; pour les foins, je ne sais trop quel parti on pourra en tirer, mais si le beau tems revient et que l’on puisse les faucher, on espère avoir un regain assez abondant ; car la chaleur jointe à l’hu- midité de la terre ne pourrait que faire pousser l’herbe très vîte. Je crois que de mémoire d’homme on n’a vu un printems et un commencement d’été comme ceux-ci : il est bien à desirer que ça change : les grains sont fort chers, et on n’est pas sans inquiétude sur l’ave- nir. Depuis hier le tems parait cependant, vouloir se remettre ; mais il faudrait que la bise prît et se soutînt./. Aussitôt que nous serons de retour à S t . Loup, je m’empresserai, mon cher ami, de faire la commission dont tu me charges pour M r . de La Chabeaussiere 4 . Je m’en acquitterai, comme tu ne peux en douter, avec une double satisfaction, puisqu’il s’agit de te faire plaisir et de l’obliger. J’ajouterai à l’envoi la petite pierre ovale toute taillée dont Isidore se servait 5 , et qui pourra être employée tout de suite à ce nouveau genre de gra- vure 6 ./. Je quitte dans ce moment le chantier de construction des nouveaux bateaux. J’ai eu l’honneur de voir M r . le Marquis de Jouffroy le père : M r . son fils 7 qui était ici, se trou- ve dans ce moment à Besançon, et doit arriver après demain. M r . le Marquis de Jouffroy est très simple dans ces manieres, très modeste et très honnête. Nous n’avons pas beaucoup parlé ensemble ; j’étais avec M r . Darassy, M r . de Maison Rouge 8 , M r . Le Cordier 9 et mon 1. En éprouvant le besoin de rappeler en quoi consistait, dans toute sa pureté, le principe de leur invention, Nicéphore ne faisait que trahir sa crainte que son frère finisse par s’en éloigner. 2. Il en sera de plus en plus ainsi : sans toujours savoir en quoi consistaient les idées de son frère, parfois même en les sachant erronées, Nicéphore lui suggérera délicatement de bien les vérifier, tout en le félicitant. 3. Louis-Antoine de Bourbon (1775-1844) était le fils du comte d’Artois, donc le neveu de Louis XVIII. 4. Participer à la recherche en France de « l’espèce de pierre la plus propre à la lithographie », ainsi qu’on le verra. 5. Nous ne pouvons dire si c’était celle dont Nicéphore et Claude se servaient pour graver (v. 254). 6. Premier indice permettant d’affirmer qu’à cette époque encore, la lithographie était étrangère à Nicéphore. 7. Le comte Achille de Jouffroy (1785-1859). 8. Bénigne-Marie-Thérèse Brunet de Maison Rouge, écuyer, maire et lieutenant général de police de la ville de Chalon.Il était le fils de Jacques Philibert Brunet dont l’un des parents du même nom avait épousé, en 1714, Anne Barault, fille de M e Charles Barault, procureur et notaire royal à Chalon (R.V. n° 432). 9. Né en 1765, veuf, sans enfant, Monsieur Le Cordier était rentier. Il demeurait place des Carmes à Chalon (A.M.C. 3H1/2). 1815 1824 1 8 De la seconde Restauration jusqu’à la naissance de la photographie
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