Niépce correspondance et papiers

424 C ORRESPONDANCE ET PAPIERS .La réflexion que tu fais au sujet de M r . de Geouffroy, est très juste. Lorsque j’eus l’honneur de le voir il me dit bien qu’il craignait d’avoir un procès avec M.M. Pajol et com- pagnie : que ces Messieurs appuyaient maintenant leurs réclamations sur la découverte d’un vieux bouquin où il est dit que les bateaux à vapeur avaient été inventés en Ecosse il y a plus de 60 ans. Il prétend aussi que l’Institut est l’âme de cette nouvelle association. Quoiqu’il en soit de ces prétentions respectives, cequ’il y a de bien démontré c’est que la chose n’est pas encore tirée au clair, et je conclu[ds] de là que nous ne pouvions pas nous présenter dans une circonstance plus favorable. Si l’essai en grand de la force motrice réus- sit aussi complettement que celui que tu viens de faire de l’inflammation, je crois comme toi, mon cher ami, que M.M. de Geouffroy auront un puissant motif de plus pour donner la préférence à notre procédé. .J’ai ecrit à Isidore, samedi dernier 13 du courant 1 , et je lui ai mandé que ne pouvant aller de quelques jours à S t . Loup, je comptais t’envoyer dimanche la petite pierre ovale sur laquelle il s’amusait à graver 2 . Je l’ai donc fait venir par Baptiste ; je l’ai mise dans une très petite boîte de sapin ficellée et cachetée, sur laquelle est ton adresse, et je te l’ai expédiée franche de port le dit jour par la diligence : ainsi je présume que tu l’auras reçue. Cette pier- re, qui est de bonne qualité, pourra servir à faire quelques essais sur la gravure, en la dres- sant* avec de la pierre ponce ; et comme il en faut peu pour l’analyse, il suffira d’en enle- ver sur le pourtour quelques parcelles avec la lime, en cas que la pierre mérite d’être conser- vée. Si elle peut remplir l’objet proposé, tu voudras bien, mon cher ami, avoir la complai- sance de me le mander, et alors je m’empresserai de t’envoyer les echantillons que M r . de La Chabeaussiere pourra desirer 3 . // .Nous avons ici depuis hier et jusqu’à demain matin, un officier de la garde royale. Il est fort jeune et parait avoir reçu une excellente éducation. Il vient de nous dire que deux officiers à la demi-solde avaient lié conversation, ce soir, avec des soldats de son corps, et leur avaient tenu des propos tendant à les dégoûter du service ; que ces soldats les avaient laissé parler ; mais qu’ensuite ils avaient interrompu la peroraison du discours par une apostrophe très bien appropriée à la circonstance ; c’est à dire par une grêle de coups de poing les mieux appliqués sur les epaules et le nez des orateurs qui s’étaient reti- rés delà comme ils avaient pu en laissant leurs epaulettes et quelques lambeaux de leurs uniformes sur le champ de bataille. Ceci est pour la seconde publication ; car il y a envi- ron trois semaines, que pareille scène arriva au fils Taru le marin, qui reçut sur la figure des coups de poignée de sabre ou d’épée, administrés avec toute l’honnêteté possible par un officier de la garde, et pour cause. L’autre frère Taru voulut provoquer l’officier en duel, et en fut heureusement quitte pour une estafilade au bras. Indocti discant et ament meminisse periti 4 . 1. Document inconnu. 2. V. 257n. 3. La suite de la correspondance prouvera qu’il s’agissait de savoir si la pierre dont les Niépce se servaient pour graver (et plus généralement la pierre des environs de Chagny), réunissait les qualités propres à la litho- graphie. On voit bien ici (ne serait-ce qu’au ton employé) que Nicéphore était totalement étranger à la question.Il est en outre indéniable que s’il avait été familiarisé avec la lithographie,il se fût lui-même chargé des essais. 4. Que les ignorants apprennent, que ceux qui savent aiment à se ressouvenir. 1815 1824 1 8 De la seconde Restauration jusqu’à la naissance de la photographie

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