Niépce correspondance et papiers
436 C ORRESPONDANCE ET PAPIERS 263 Lettre (M.N.N.) 1 Chalon-sur-Saône, 22 août 1816. Nicéphore à Claude. .Châlon sur Saône, le 22 août 1816./ Jeudi /. .Mon cher ami, .D’après les vives appréhensions que le silence de M.M. de Jouffroy devait nous cau- ser comme à toi, tu te feras une juste idée du plaisir que nous avons eprouvé en recevant ta lettre du 16 qui nous annonce l’heureux résultat de ton entrevue avec ces Messieurs. Nous avons donc lieu d’être doublement satisfaits ; car il en coûte toujours beaucoup d’avoir à suspecter la bonne foi des personnes qui avaient sçu nous inspirer la plus grande confiance. Enfin, Dieu soit loué ! il paraît que la fameuse expérience préliminaire ne tar- dera pas à avoir lieu ; et nous espérons que grace à tes soins, elle ne réussira pas moins bien que celle de l’inflammation qui n’aura pas peu contribué, je pense, à déterminer M.M. de Jouffroy. Reçois à cette occasion, mon cher ami, de nouvelles félicitations de notre part, ainsi que l’expression de notre confiance sans bornes dans les procédés et moyens qui te paraîtront les plus propres à atteindre le but désiré ; mais nous ne saurions trop te recom- mander, pour ta propre sûreté et notre tranquillité personnelle, de tenir la main* à ceque les appareils dont tu feras usage, soient de la plus grande solidité, principalement la partie du bateau destinée à recevoir l’action de l’air comprimé. Sans cette précaution, à quels dan- gers ne serait-on pas exposés si malheureusement la poupe venait à éclater ! Nous avons lu il y a peu de jours, que la chaudière d’un bateau à vapeur ayant sauté, il en était résulté les accidens les plus grâves, et par suite une prévention défavorable sur ce nouveau genre de navigation. Il est donc bien essenciel, mon cher ami, de se tenir sur ses gardes, et de tout prévoir ; mais tu sais tout ça mieux que nous : aussi ne dois-tu considérer // cette obser- vation que comme un avis suggéré par l’amitié. Je te dirai de plus que j’ai vu construire ici dans la grand’rue, une chaudiere qu’on prétend être pour le compte de Messieurs de Jouffroy ; et que la tôle dont elle est faite m’a paru si mince que je doute beaucoup qu’elle puisse résister à un effort un peu considérable de la vapeur, vu la vaste capacité de la chau- diere, à moins qu’on ne la renforce par un massif en maçonnerie, cequi n’a pas lieu pour les bateaux à vapeur autant que j’ai pu en juger d’après les plans. .Nous partageons bien vivement, mon cher ami, la peine que t’a fait éprouver le cruel accident arrivé à M r . le Baron Marchand. Nous avons vu dans notre feuille du 18 que son corps a été repêché entre les pont des Arts et le pont-Royal 2 . Le généreux dévoûment dont, comme tu le dis, il a été la victime, doit rendre sa perte infiniment plus sensible encore à ses compagnons d’infortune. Voici un article de notre feuille du même jour, qui mérite d’être transcrit ici : .“.On construit actuellement, sur la Seine, un bateau à vapeur, sans roues ni rames, ni aucun appareil extérieur. La machine qui le fait mouvoir se nomme bélier aëriforme ; elle agit dans la direction du bateau, mais sans décomposer la force, comme le font les roues, les rames, et autres moteurs du même genre. Cette machine, par sa légèreté, et le peu d’es- 1. Publ. in P.G.H.1. (p. 62). 2. « M.le commissaire de police a dressé le procès-verbal en présence du frère de M.Marchand,et de son fidèle domestique, qui fondaient en larmes » (L.Q. n° 231). Le drame s’était déroulé le mercredi précédent, nous ignorons dans quelles circonstances. 1815 1824 1 8 De la seconde Restauration jusqu’à la naissance de la photographie
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