Niépce correspondance et papiers
N IEPCE 449 bien, mon cher ami, de la lettre de recommandation que tu as eu la bonté de lui donner pour moi. Je le verrai avec grand plaisir, et j’attendrai qu’il entre en matiere sur l’expérience pro- jettée ; car il est toujours avantageux de voir venir son monde. Je pense qu’il ne sera pas question de mettre de suite la main à l’œuvre : d’ailleurs je suis à la campagne, cequi arrive fort à propos pour retarder un peu les préliminaires de l’opération ; et comme tu l’observes fort bien, il faut avant tout que nous nous concertions ensemble sur la maniere de procéder. Quoiqu’il en soit, mon cher ami, tu peux compter que je n’oublierai pas ceque tu me dis au sujet des pretentions parfois ridicules des personnes du métier. Qu’ils tiennent à leurs idées pour cequi concerne leurs attributions, rien de plus juste ; mais nous ne devons point nous départir des nôtres, puisqu’elles constituent notre découverte et par conséquent notre pro- priété la plus légitime. Si l’un de nous agissait d’après des principes différens, il en résulte- rait dans notre travail, des disparates* qui produiraient le plus mauvais effet ; cequ’il est bien important d’éviter. Il serait assez singulier que ces messieurs du génie ne s’apperçus- sent point que l’habit ne fait pas le moine, et qu’il y aurait plus d’un défrocqué dans le corps, si au lieu du mot on exigeait la chose. Enfin, mon cher ami, il parait bien démontré comme tu le dis, que M.M. de Jouffroy préssentent tout le mérite et peut être même la supériorité de notre procédé : le nouvel essai qu’ils se proposent de faire à ce sujet, en est la meilleure preuve. Une chose cependant, que je serais curieux de savoir c’est si nous entrerons pour quelque chose dans les frais de cette expérience ; je ne // le présume pas ; car dans le fait, puisque ces Messieurs ne t’ont pas consulté sur leur détermination à cet égard, et que d’ailleurs il n’était pas très nécessaire, selon moi, de s’occuper ici de la construction d’une machine d’épreuve, avant de connaitre le résultat de celle qui s’exécute à Paris ; il faut ignorer quel chef d’accusation pesait sur sa tête, se prévalait d’avoir signé l’acte additionnel aux constitu- tions de l’Empire « dans la colonne d’opposition », se demandait si, sans s’abuser « par de folles visions », il n’était pas « de ceux qui sont les victimes d’ennemis les plus acharnés », et finalement concluait : « J’étais sûr d’une disgrâce si le gouvernement de Napoléon se fût maintenu, et je suis en disgrâce quand il est ren- versé » (S.H.M. CC 7 alphab. 445). Chanot « était fils d’un fabricant d’instruments de musique [...]. Dans l’oisi- veté forcée à laquelle il était condamné, il se mit à réfléchir sur les principes de la construction des instru- ments qu’il voyait fabriquer dans l’atelier de son père » et s’étant convaincu de la nécessité d’améliorer l’entrée en vibration des diverses parties du violon, fabriqua un instrument, « le seul qu’il ait jamais fait, qui fut soumis aux jugements des Académies des sciences et des beaux-arts. Des expériences furent faites en présence de plusieurs savants et artistes ; on compara l’effet du nouvel instrument avec celui de quelques bons violons de Stradivarius et de Guarneri, et ses examinateurs décidèrent qu’il ne leur était pas inférieur en qualité (on peut voir le rapport de l’Institut dans le Moniteur Universel du 22 août 1817). L’expérience a démenti le jugement des savants,et tous les violons qui ont été construits d’après le modèle fait par Chanot sont considérés de médiocre qualité [...] » (F.J.F.). On peut penser, comme Fétis l’affirme, que « l’attention publique fixée sur Chanot par le rapport de l’Institut fut favorable à sa situation ». Toujours est-il qu’en octobre 1817, le baron Sané croira devoir intervenir une seconde fois auprès du ministre de la Marine, et vanter les qualités de l’ingénieur, « annonçant beaucoup de moyens », « ayant des connaissances acquises dans les mécaniques et dans les arts ». En février 1818, Chanot lui-même, « ayant déjà réclamé plusieurs fois », reviendra à la charge. Enfin, par ordonnance du roi, il sera rappelé au service en juin de la même année. Jusqu’en mars 1819, il sera employé à Paris à la surveillance des machines à feu destinées aux bateaux à vapeur du Sénégal, époque à laquelle, autorisé à prolonger son séjour dans la capitale il « s’oc- cupera avec succès de l’installation d’un bateau à vapeur pour une société qui se propose de donner la plus grande extension à ses opérations », puis, en mars 1821, recevra l’ordre de se rendre à Rochefort « pour y reprendre son activité ». La « machine à vapeur à rotation immédiate » qu’il y concevra suscitera l’intérêt du ministre de la Marine qui, par un ordre du 30 septembre 1823, en prescrira l’examen. Il se mariera à la même époque avec la veuve d’un chirurgien major de la marine, Emilie Maurisset, née Busson, âgée de 29 ans, native de Rochefort. Chanot y mourra le 12 novembre 1825, « à la suite d’une maladie de quelques jours » (S.H.M. CC 7 alphab. 445). 269 1815 1824 1 8
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