Niépce correspondance et papiers
N IEPCE 463 je suis persuadé que passé le regrèt bien naturel qu’il aura de nous quitter, il ne verra pas arriver avec beaucoup de peine l’expiration de son congé. Un sentiment // pénible se mêle- ra au plaisir que nous allons éprouver à le revoir après une aussi longue absence 1 : nous aurons le regrèt de le voir arriver seul, et tu vas, mon cher ami, te trouver plus isolé. Cette réflexion nous afflige ; mais ne parlons pas de choses tristes, et que l’agréable perspective d’un brillant avenir tempère pour nous, l’amertume d’un sacrifice réciproque. Nous sommes charmés d’apprendre que l’on prépare le bois destiné à la construction de notre bateau d’épreuve 2 , et qu’il sera taillé de maniere à avoir une marche supérieure. J’espère comme toi que notre moteur le fera marcher à pas de géant, surtout à l’aide de ton ingé- nieux procédé 3 qui me parait avoir tant d’avantages sur toutes les autres applications connues : il suffit pour cela, de donner proportionnément une plus grande dimension aux réservoirs à air 4 et à eau 5 ; cequi est on ne peut pas plus simple, et ceque tu sais mieux que moi. Ton procédé a de plus, ainsi que tu le dis fort bien, le mérite de ne pouvoir être employé qu’avec notre principe de mouvement 6 ; mérite inappréciable d’après l’extrême simplicité de ce nouveau moyen de transmettre l’action de la force motrice. J’attends avec une vive impatience, mon cher ami les plans que ton neveu doit me remettre de ta part, tant sur ce procédé que sur celui de l’inflammation en grand 7 . Je me fais d’avance une fête de les voir pour avoir le plaisir de les mieux connaître et de me trouver par là, plus à même d’en apprécier tout le mérite… J’ai vu sur notre atlas portatif une petite ville ou bourg appelé Seissel sur les bords du Rhone à 13 ou 14 lieues de Trevoux, et à peu près aussi loin de Bourg en Bresse. Je ne sais pas encore si c’est là que se trouve la source d’asfalte* en question ; mais je tâcherai de me procurer sur cet objet les renseignemens que tu désires et qui peuvent nous devenir fort utiles 8 . .Enfin M r . Channot a paru sur l’horizon. Il vint nous voir ici dimanche dernier, au moment où nous allions sortir de table. Nous lui offrimes à se raffraîchir et même à dîner ; mais il nous dit qu’il ne dînait qu’à six heures, et se contenta de prendre un fruit. Nous ne lui fîmes pas d’abord beaucoup d’accueil et pour cause ; cependant nous le mîmes // ensuite plus à son aise, et il finit par se trouver assez bien de notre réception pour pro- longer sa visite autant que faire se pouvait, et pour nous en promettre d’autres le dimanche, seul jour dont il pourrait disposer. Nous avons été très contens de lui : il est honnête et parait bien entendre son affaire 9 . Tu n’as pas été oublié, mon cher ami. Ensuite est venu le grand chapitre des bateaux à vapeur ; puis ton moyen de transmettre 1. Près d’un an. 2. Celle-ci n’était que mystification ; du seul fait de Claude pensons-nous. On comprendra au fil des lettres que ce dernier n’avait d’ailleurs jamais obtenu de Jouffroy pareille assurance. Toujours est-il que pendant deux mois, Nicéphore le croira (ou feindra de le croire). 3. V. 273. 4. La chambre où se produisait l’explosion. 5. Le « flotteur » dans lequel Claude annonçait avoir trouvé une nouvelle application du pyréolophore (v. 273). 6. Le souffle de l’explosion canalisé dans une tuyère. 7. V. 273. 8. Seissel dont le nom est actuellement orthographié Seyssel était essentiellement connue pour l’exploitation de mines d’asphalte situées à une dizaine de kilomètres au nord de la ville. C’est d’ailleurs à l’une d’entre elles, la mine du Parc, que Nicéphore fait référence ici (v. 288). Rappelons qu’en 1806, les Niépce avaient pensé à l’asphalte comme combustible (v. 185 notice) et que ce composé sera l’élément de base du futur procédé photographique de Nicéphore. 9. Tout ceci est à rapprocher des propos que tenait Nicéphore quelque dix jours plus tôt (v. 271). 274 1815 1824 1 8
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