Niépce correspondance et papiers

464 C ORRESPONDANCE ET PAPIERS la force de notre moteur à l’eau, dont il a l’opinion la plus avantageuse ainsi que du pyréo- lophore qui lui parait devoir faire une révolution en mécanique 1 , et dont l’application à la navigation doit offrir des résultats bien supérieurs à ceux des pompes à feu. Il pense qu’à l’aide de notre machine surtout, on parviendra aisément à remonter le Rhône : enfin, il avoue lui même qu’il en est enthousiasmé. Je me propose d’avoir l’honneur de le voir lorsque je serai à la ville. A propos, il m’a remis un petit dessin au trait et au crayon de ton petit appareil en fer blanc ; mais on ne peut guère d’après cette faible esquisse se faire une idée bien juste de ta découverte. .Je te dirai, mon cher ami, que nous avons enfin vendu ton taureau. Il n’a pas été possible d’en tire plus de dix louis 2 . Nous l’avions vendu un louis de plus il y a quelque tems ; mais l’acheteur a mieux aimé perdre ses arrhes que de tenir le marché. Le prix du bétail n’a pu que baisser beaucoup à raison de la chèrte des fourrages. Le char de foin vaut aujourd’hui cent francs, et nous avons pensé que cette considération devait être déterminante, eu égard à tes intérèts. D’un autre côté le taureau devenait moins traitable, et aurait peut être fini par causer quelque malheur 3 . Il y a un mois ou six semaines qu’il rompit sa chaine, se précipita sur la petite taurie*, et faillit l’étouffer. La pauvre bête lais- sa une de ses cornes sur le champ de bataille : heureusement que l’os ne fut pas brisé. La corne s’est formée de nouveau, et bientôt il n’y paraitra plus. Nous présumons donc, mon cher ami, que tu approuveras cet arrangement qui d’ailleurs entrait dans tes vues. Ton taureau a été acheté pour le compte d’un particulier qui fait le commerce du bétail, principalement des vaches suisses… Nous avons reçu hier pour toi six cent francs // de Mazoyer qui les avait comptés au charmant garçon 4 . Quand tu auras besoin d’argent, tu voudras bien nous le mander, et tu seras servi de suite. Cette turgitude métallique 5 donne de l’assurance : j’espère que le résultat de nos travaux nous procurera sous ce rapport, une bouffisure permanente : fiat 6 ! fiat ! Adieu, mon cher ami, reçois les embrassemens les plus tendres et les plus affectueux de la part de ma femme comme de la mienne. Ma lettre va partir : je n’ai que le tems de la cacheter. Nos amitiés je te prie, à Antoine et Victor. Ne nous oublie pas non plus auprès de M r . Dodey 7 si tu le revois. Ma pierre est- elle enfin arrivée ? Elle devrait l’être puisqu’elle est partie pour Paris le 17. C’est à dire il y a aujourd’hui 17 jours. : // : J.N. Niépce ://: à Monsieur , Monsieur Niépce aîné, chez M r . Barrat, ancien Hôtel de Boulogne, rue du Bacq, n°. 42 faubourg S t . Germain, à Paris, .à Paris. 1. V. App. XV. 2. Soit 235,50 F. 3. Quoiqu’on le laissât tranquille, l’animal était de nature à inspirer « certaine terreur » (v. 247). 4. L’avoué Perrault. 5. V. 254n. Ici aisance financière en espèces. 6. Qu’il en soit ainsi. 7. L’abbé Dodey. 1815 1824 1 8 De la seconde Restauration jusqu’à la naissance de la photographie

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