Niépce correspondance et papiers

Reçois donc mes remercimens les plus empressés et l’expression de ma reconnaissance pour une attention aussi délicate, aussi obligeante de ta part. Je conçois très bien tout le mécanisme de ton ingénieux appareil pour l’inflammation de l’huile de p. Tu as eu là une excellente idée : elle est d’un grand prix pour notre découverte, et j’étais on ne peut pas plus curieux de connaître le parti avantageux que tu as sçu en tirer à l’aide de combinai- sons qui doivent joindre au mérite de leur simplicité, celui d’une grande sûreté, d’une gran- de régularité dans les effets. Tu me proposes, mon cher ami, de répéter l’expérience de l’in- flammation dans un vase clos, pour m’assurer si la flamme de l’huile de p. y produirait une détonation comme avec le lycopode. Je ferais avec grand plaisir cette expérience si j’avais un appareil ad hoc ou simplement un tuyau en cuivre d’une dimension convenable ; mais tu penseras peut être comme moi, que cette dépense d’un semblable appareil réduit même à sa plus simple expression, pourrait être mieux employée à la construction du flotteur dont nous avons parlé. Je suis persuadé d’ailleurs, d’après ta judicieuse observation sur le faible degré de compression de l’air du grand soufflet, que cette nouvelle épreuve serait à peu près inutile. Je me souviens d’avoir lu dans Lavoisier, au sujet de la combinaison des huiles volatiles avec l’air des cloches qui en renferment une certaine quantité, qu’il est dan- gereux d’en approcher avec une lumière par cequ’il en résulte de violentes explosions qui brisent les vaisseaux au grand danger des spectateurs. Tu sais mieux que moi que la flam- me de nos foyers, qui brûle sans bruit ordinairement, produit une sorte de détonation lors- qu’elle parait spontanément, ou qu’on l’excite à l’aide du soufflet. Si celle de l’huile en question se comporte différemment, c’est donc parcequ’elle n’est pas lancée avec assez de vitesse ; et il est facile de rémédier à cet inconvénient. Ainsi, mon cher ami, je crois que nous ne devons pas avoir la moindre inquiétude là dessus. .J’ai examiné avec attention les changemens que tu comptes faire au Pyréolophore, et qui ont pour objet d’en simplifier le mécanisme ; cequi était aussi un objet de la plus haute importance pour nous, et qui sous ce rapport, méritait bien d’être soumis à ton examen. Je ne // me sens point encore en état de juger des détails du nouvel appareil, et de les appré- cier assez pour te donner, mon cher ami, les justes éloges qui te sont dus sur ce point comme sur tous les autres ; mais d’après l’ensemble de la machine, il me parait que tu as parfaitement atteint le but que tu t’étais proposé. Je suis trop pressé dans ce moment, pour m’étendre d’avantage sur un objet aussi intéressant, qui a dû exiger beaucoup de soins, beaucoup de réflexion de ta part, et qui ne peut manquer de te faire le plus grand honneur. .Si l’expérience du flotteur plongé dans une bâche* qui ne communiquerait pas avec l’eau extérieure, a le succès que tu te promets d’après les essais que tu as déjà faits ; tu auras trouvé une chose admirable et qui semblera tenir de la magie 1 . Rien en effet ne serait pré- férable à un procédé qui offrirait dans l’eau un point d’appui comme sur un corps solide. Mais quand bien même cette expérience ne réussirait pas, il te resterait encore de quoi de te dédommager amplement ; puisque Dieu merci, tu as mon cher ami, deux excellentes cordes à ton arc. Tu fais bien de t’occuper essenciellement de cet objet ; car c’est là le point capital .. die ubi consistam 2 : quant à la force motrice, elle est à notre disposition. Je suis donc aussi curieux qu’empressé de connaitre le résultat que tu veux bien me promettre de l’expérience projettée. Nous faisons tous les vœux les plus ardens pour qu’elle réussisse, et dans ce cas il y aura plus d’une bouche béante de surprise et d’admiration. 1. Il s’agissait de toute évidence de l’expérience dont l’idée n’était née que « depuis quelques jours seule- ment », à laquelle Claude faisait allusion dans son mémoire. 2. Littéralement : ...le jour où je m’arrêterai. 466 C ORRESPONDANCE ET PAPIERS 1815 1824 1 8 De la seconde Restauration jusqu’à la naissance de la photographie

RkJQdWJsaXNoZXIy NDY2MA==