Niépce correspondance et papiers

la maniere de trouver un point d’appui hors de l’eau ambiante. Nous devons voir avec une sorte de satisfaction que ces Messieurs commencent à reconnaître l’inconvénient de plus d’un genre attaché au système des roues à aubes pour agir sur l’eau. L’essai projetté par M r . le Comte de Jouffroy, en est la meilleure preuve ; mais quelque ingénieux que puisse être le mécanisme qu’il emploie, je doute beaucoup qu’il [...] obtienne sans intermédiaire, à l’aide de pistons mus dans des tuyaux, assez de vitèsse et par conséquent assez de résis- tance dans l’eau pour faire avancer son bateau. Je suis donc bien persuadé d’après cela, qu’il adopterait très-volontiers ton nouveau procédé qui serait à cent piques audessus de tout cequi a été imaginé jusqu’ici. Fiat ! fiat ! .Grand merci au fils Boho qui a le nez frotté de vinaigre. Il faut convenir qu’il vient de lancer là un lièvre des mieux fourrés, et qu’il est bien intéressant pour nous de suivre à la piste jusqu’à son gîte. C’est un véritable tour de Boho au naturel ; car il parait au dire des chasseurs que les fils Bohos à quatre pattes sont à peu près de cette force là : pour l’amour de la venaison ils secouent la mane de leurs piés, et la pauvre laperesse donne en plein dans le panneau, pour l’amour d’une gambade 1 … Badinage à part, rendons graces à Dieu de l’excel- lente connaissance que M r . de Morteuil t’a procurée. Nous devons être moralement sûrs d’après le caractere connu de la nation anglaise, que les choses n’en resteront pas-là. Ainsi donc, mon cher ami, il est très possible que tu te trouves bientôt dans le cas de faire le voya- ge fructueux de Londres. Milord Filtz-Gerald ne manquera certainement pas de t’écrire puis- qu’il t’a demandé ton adrèsse, et il est à croire que les propositions qui te seront faites seront déterminantes ; car on ne te proposerait pas un déplacement comme celui là sans une sorte de garantie, puisqu’il s’agit d’une découverte aussi précieuse et qui mérite autant d’être bien accueillie. Dans ce cas, tu penseras peut être comme moi, qu’il ne serait pas mal fait d’em- porter avec toi le pyréolophore ainsi que le bateau ; // parcequ’un modèle de machine, qui fonctionne bien fait cent fois plus d’effet que les meilleurs plans du monde : tu pourrais d’ailleurs, mon cher ami, t’en défaire plus avantageusement que partout ailleurs. Au reste tu voudras bien nous communiquer tes réflexions sur cet objet comme sur toutes les mesures ultérieures que ton voyage pour Londres rendra nécessaires. Nous sommes bien intéressés à cequ’il se réalise, sous le rapport surtout du plaisir que nous éprouverions à te revoir beau- coup plus tôt que nous n’osions l’espérer. Quant à M r . Filtz William, tu peux compter sur lui ; car à son arrivée ici, il eut la complaisance de nous offrir pour toi, des lettres de recom- mandation si tu en avais besoin. Lorsqu’il ne s’agira plus que de l’exécution d’un projet tant desiré, nous dirons comme le bonhomme Laroche 2 dans son placet au Roi : que nous sommes prèts à nous mettre en activité ; car nous aurons bien des choses à faire. La partie des finances surtout exigera des mesures expéditives sur lesquelles il faudra nécessairement nous concer- ter. Quo facto, si res bene successerit 3 , nous n’aurons plus, comme tu le dis fort bien, mon cher ami, qu’a remercier la providence des deux bonnes fortunes qu’elle a bien voulu nous ménager pour exploiter notre découverte. .Nous comptions, comme je te l’ai mandé dans ma derniere lettre, passer les fêtes à Châlon 4 ; 1. On croit comprendre que c’est sur une idée lumineuse d’un des fils Boho, roués en affaires (à la manière de leurs chiens, capables de tromper leur proie en faisant mine de la mépriser pour une autre), que les Niépce avaient convenu de jouer, aux dépens du marquis de Jouffroy (« la pauvre laperesse »), la carte de l’Angleterre par le truchement de lord Fitz-Gerald (le « lièvre des mieux fourrés »). 2. Benjamin Laroche ? 3. Ce que je ferai si la chose avance bien. 4. Celles de la Toussaint. 472 C ORRESPONDANCE ET PAPIERS 1815 1824 1 8 De la seconde Restauration jusqu’à la naissance de la photographie

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