Niépce correspondance et papiers
486 C ORRESPONDANCE ET PAPIERS détonation dans le soufflet. J’ai egalement touché le tuyau rougi avec du coton imprégné d’huile, et il n’y a point eu d’inflammation. Enfin ayant pilé du charbon de pierre, je l’ai injecté dans le tuyau à l’aide du soufflet, et cette tentative n’a pas été plus heureuse que la premiere. Tu te rappelles cependant, mon cher ami, que du tems de Langrois 1 nous l’en- flammâmes parfaitement en le faisant passer à travers un canon de fusil // placé sur un four- neau de blanchisseuse, et très rouge. Cette circonstance me porte à croire que l’inflammation, celle du charbon de pierre surtout, ne peut avoir lieu qu’autant que le tuyau a une certaine epaisseur, et c’est ce dont je m’assurerai bien certainement avec un mauvais canon de fusil. Je ferai de nouveaux essais sur les deux combustibles à l’aide de ce procédé, et il ne me parait pas douteux que j’obtienne le plus heureux résultat. Si j’avais moins ménagé le cuivre il est probable que la question qui nous intéresse serait résolue maintenant ; et j’ai lieu de présu- mer d’après cela, mon cher ami, que ton tuyau conique 2 a plus d’epaisseur que le mien qui n’est guère épais dans la partie qui traverse le fourneau, que d’une demi-ligne forte ou de trois quarts de ligne 3 . Ton cher neveu, qui me prie de te faire agréer ses tendres et respectueux sen- timens, partira sans faute lundi en huit pour Paris, et nous irons coucher jeudi soir à la ville pour qu’il ait le tems de mettre ordre à ses affaires. Je serais bien aise avant son départ, de faire sur le petit bateau une expérience dont il pourra te transmettre le résultat ainsi que les détails. Il pourra également, mon cher ami, te donner connaissance de deux applications dont l’idée premiere nous est commune, et qui pourraient être très bonnes parcequ’elles sont d’une grande simplicité et qu’elles seraient susceptibles de produire un grand effet 4 . C’est pour en faire ici l’essai sur le réservoir, que je commandai il y a quelque tems ce petit bateau ; et mon intention est bien de m’occuper de cet objet aussitôt que celui de l’inflammation en vase clos, sera entierement rempli. J’ai déjà à ma disposition, mon cher ami, la petite bâche* en fer blanc ainsi que le flotteur : il ne me manque plus que le syphon, et je le ferai faire à mon pro- chain retour à la ville. Les détails que tu as eu la bonté de me communiquer à ce sujet, sont très clairs et très précis. Je desirerais seulement savoir si c’est le syphon ou le flotteur, qui pour éviter toute réaction, ne doivent toucher la cuvette 5 d’aucun côté. Je vois aussi que la plus longue branche du syphon est brisée, cequi me parait bien essenciel ; car si elle était tenue fixément, il serait // possible que le jet d’air facilitât le mouvement progressif en trou- vant un point d’appui sur l’orifice même de la branche intérieure du syphon 6 . .On avait fait courir ici le bruit que M.M. de Jouffroy avaient échoué dans leur expé- rience sur du bateau à vapeur : que quelque chose s’était dérangé, et que les actionnaires étaient furieux. Ces faits auront sans doute été exagérés par une malveillance jalouse ; mais il parait, d’après ceque tu nous mandes, que le fond de la nouvelle n’est que trop vrai. Le nouvel essai qu’ils devaient faire cette semaine, aura-t-il été plus heureux ? Je le souhaite de tout mon cœur, quoique j’aie de la peine à leur supposer d’aussi bonnes dispositions à notre égard, du moins à en juger par des faits sur lesquels il n’est guère possible de se faire illusion. Je ne puis m’empêcher, mon cher ami, de voir dans leur conduite aussi peu de franchise que de loyauté, et tu t’en seras sans doute apperçu avant moi. Ils avaient d’abord 1. Dans les années 1807-1809 (v. 217). 2. Que Claude désignait par T.T. (v. ill. pp. 458-459 fig. 2). 3. Entre 1,2 et 1,5 mm. 4. Nicéphore décrira l’une de ces applications, avec dessin à l’appui, huit jours plus tard (v. 284). 5. La bâche ? 6. Malheureusement ces quelques éléments ne permettent pas davantage que précédemment de se figurer précisément en quoi consistait « l’application » envisagée par Claude (v. 273n tentative n° 3). 1815 1824 1 8 De la seconde Restauration jusqu’à la naissance de la photographie
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