Niépce correspondance et papiers

N IEPCE 487 proposé de se servir de la pénice 1 , après nous, pour une nouvelle application de leur force motrice : c’était déja là le premier mot de l’énigme. Ensuite, sans nous prévenir, sans nous consulter ils ont enjolivé le bateau, pour que nous prissions le change en imaginant qu’ils voulaient manifester par là toute l’importance qu’ils attachaient à notre découverte ; tan- dis que c’était une véritable mystification de leur part 2 . Enfin, ils paraissent maintenant, vouloir faire préalablement l’application de leur procédé à la pénice, pour l’offrir ensuite à M me . la Duchesse d’Angoulême. Je suis persuadé d’avance que ceci n’est pas un simple pro- jet ; mais une affaire arrangée. Heureusement que nous ne sommes pas encore en mesure de procéder à la construction de l’appareil en grand ; mais j’espère que ça ne tardera pas beaucoup. Cependant, mon cher ami, s’il en eût été autrement nous nous serions trouvés complettement dupes de notre bonne foi, et nous aurions bien eu lieu de nous repentir d’avoir négligé une précaution très sage, celle d’exiger la signature du traité provisoire. Je t’avoue, mon cher ami, que cette nouvelle nous fait la plus grande peine ; car où la fran- chise et la loyauté manquent, on ne peut plus compter sur rien de bon. Je te prie de nous mander ceque tu penses // là dessus, et si nous avons conçu des préventions mal fondées, de vouloir bien les dissiper. Cequi doit nous rassurer un peu c’est que tu ne fais aucune observation à ce sujet, et que M r . de La Chabeaussiere qui s’interèsse toujours beaucoup à nous t’a conseillé d’attendre encore. Il parait que Lord Filtz-Gérald n’a pas tenu parole. Ses amis avec lesquels tu es en relation, pourraient peut être si tu les en priais, mon cher ami, lui rapeller sa promèsse ; et dans tous les cas, comme il t’a laissé son adrèsse, tu ne ferais peut être pas mal de lui écrire… Il faut remuer ciel et terre et même intriguer s’il le faut si c’est nécessaire, puisqu’aujourd’hui l’homme simple et modeste est partout le jouet et la victime des intrigans. Je veux dire par là qu’il ne faut pas employer l’intrigue pour faire des dupes, mais seulement pour ne pas l’être soi-même. Comme il est bon de tout prévoir, s’il arrivait par hazard que lord Filtz-Gérald ne s’exécutât pas, ou que ses propositions ne pus- sent nous convenir, il serait peut être à propos de s’adresser directement au ministre anglais à Paris, qui pourrait voir la machine et nous offrir des moyens plus efficaces d’en tirer parti à Londres. Mais nous n’en sommes pas encore là, et ce projet n’est qu’une pierre d’attente que l’on pourrait toujours mettre en œuvre en cas de besoin./. Nous avons vendu ce qu’il y a de disponible de ta navette et de tes fêves : la navette à 10 f. et les fêves à 4.f. 14 sous. Nous livrerons 30 mesures de navette, et 42 doubles décalitres de fêves. On doit les enlever les premiers jours de la semaine, et nous t’en ferons passer de suite le mon- tant./. Je suis charmé de ceque tu m’as débarrassé de la commission assez desagréable dont M r . Poncet voulait me charger pour l’ex-ministre des Arts. Tu m’as rendu en cela un vrai service d’ami, et je t’en suis infiniment obligé. Adieu, mon cher ami : reçois nos embras- semens les plus empressés et les plus affectueux. ://: J.N. Niépce P.S. Mille amitiés de notre part, je te prie, à Antoine et Victor. Ne nous oublie pas non plus, mon cher ami, auprès de M.M. de Morteuil et de La Chabeaussiere. M r . et M me . Charvin ainsi que M r . le Curé et mon 1. Sans doute pour pinasse *. Il s’agissait du bateau dont Claude avait attentivement suivi la construction sur le chantier de Jouffroy à Bercy, convaincu qu’il allait pouvoir en disposer comme de son « bateau d’épreuve » tant attendu. 2. Il semble plutôt, nous l’avons suggéré tout au long des lettres qui précèdent, que la mystification était le fait de Claude. 282 1815 1824 1 8

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