Niépce correspondance et papiers
N IEPCE 493 activité de leur diligence, et par contre coup opposer un obstacle de plus à l’exécution de notre entreprise ; car des bévues de ce genre ne sont rien moins que propres à inspirer de la confiance aux actionnaires. Lorsque des expériences décisives nous auront mis en état de fixer notre choix sur l’application la plus avantageuse de la force comme sur le meilleur mode d’inflammation, il serait peut être à desirer, mon cher ami, que nous pussions faire les frais de notre expérience préliminaire qui me parait devoir être peu coûteuse à raison de la grande simplicité de la machine, et du peu de capacité que je suppose au réservoir ; car autrement je crains bien qu’on ne nous tienne encore longtems le bec dans l’eau. Nous serions d’ailleurs plus libres, plus indépendans, et notre affaire serait certainement beau- coup plus tôt terminée. Alors nous serions dans le cas d’imposer des conditions au lieu d’en recevoir, et le voyage projetté de Londres aurait un résultat qui ne serait point équi- voque ; mais il faut pour cela que nous soyons sûrs de notre fait. Ton intention, mon cher ami, étant de reconnaître toi-même par l’expérience, la bonté des perfectionnemens que tu viens d’ajouter à ton appareil, j’attendrai pour m’occuper de cet important objet, que tu aies bien voulu me faire part du succès que tu auras obtenu. Nous comptons retourner bientôt à S t . Loup où, toute affaire cessante, je reprendrai sous œuvre* mon travail sur l’in- flammation ; car il faut commencer d’abord par tirer cette affaire-là au clair./. .Ton cher neveu, qui te remettra ce papier, partira décidément par la diligence de demain. Les regrèts vivement partagés qu’il éprouvera en nous quittant, seront du moins bien adoucis puisqu’il aura dans quelques jours le plaisir de te voir et de t’embrasser. C’est une compensation qui t’est due et que tu mérites sous tous les rapports, mon cher ami ; car tu as en plus que nous à souffrir des peines de l’absence. Aussi Isidore s’estime-t-il heureux de pouvoir te l’offrir comme un faible à compte de la réciprocité de ses sentimens pour toi. Depuis son arrivée il nous a toujours manifesté le plus grand dégoût pour le service sur- tout pour celui des gardes-du-corps qu’il desirerait pouvoir quitter très prochainement. Nous avons fait tout cequi dépendait de nous pour le ramener à une manière de voir plus conforme aux circonstances où il se trouve placé, et pour le détourner d’un projet qui nous semble pour le moins trop prématuré. D’un autre côté, nous ne pouvons nous empêcher de déférer à quelques unes de ses raisons, parcequ’elles lui sont suggérées par un sentiment qui l’honore à nos yeux. Dans cet état de choses ne voulant ni souscrire aveuglément à cette détermination de sa part, quelque bien prononcée qu’elle soit, ni compromettre à plus forte raison, les intérêts de son bonheur, en nous y opposant formellement ; nous l’avons laissé libre de prendre le parti qui lui conviendrait, après t’avoir préalablement consulté là dessus, mon cher ami ; car dans une affaire qui touche de si près à nos affections réci- proques les plus chères, tu dois être le premier inscrit et avoir voix délibérative. Nous récla- mons donc l’appui de tes sages conseils en faveur de ton neveu, s’il vient à quitter le corps ; afin que cette démarche s’éffectue avec la prudence et la réflexion que les circonstances pourront exiger 1 . Dans ce cas si ça te convenait, Isidore resterait à Paris pour s’instruire, pour se perfectionner dans la musique et principalement dans la partie du dessin qui concerne nos travaux 2 . Il pourrait par là t’être de quelque utilité et me remplacer ici auprès de sa maman si d’heureux événemens me procuraient le plaisir d’aller te rejoindre. Adieu, 1. Ces lignes sont du plus haut intérêt, en ce qu’elles fournissent une précieuse indication sur la nature exacte de la déférence que Nicéphore témoignait à Claude ; élan naturel du cœur avant tout. C’est donc bien de générosité qu’il faut qualifier ce qui parfois, au fil des lettres, pourrait passer pour flatterie, de tendresse ce qui semblerait faiblesse, de modestie ce qui aurait des allures de soumission. 2. L’épure. 284 1815 1824 1 8
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