Niépce correspondance et papiers

N IEPCE 503 vaient allumer ; d’où il résulterait nécessairement une perte énorme de combustible. J’ai voulu m’assurer si la conversion de cette vapeur en gaz carbonique était due à la haute tem- perature que l’expérience exigeait. J’ai fait fortement rougir le tuyau au foyer du sallon, et je l’ai placé ensuite sur le réchaud vide de charbon, afin de répéter les mêmes essais à par- tir du terme* de la plus grande chaleur, jusqu’à une température à peine suffisante pour volatiliser l’huile de p. Les résultats obtenus avec le tuyau rougi ont été les mêmes que les précédens. J’ai procédé de même pour les termes intermédiaires jusqu’à celui d’une très- faible chaleur, en plaçant une chandelle allumée près de l’orifice // du tuyau ; mais les der- nieres et les plus considérables quantités de gaz qui s’en echappaient avec abondance à l’aide du soufflet, n’ont jamais pu s’enflammer. Je te l’avoue, mon cher ami, on ne peut guère bien augurer de pareilles données, et quelque ingénieux que soit d’ailleurs ce mode d’inflammation ; quelque avantageux qu’il puisse être sous certains rapports, je trouve qu’il présente aussi des inconvéniens réels et de grâves dangers à raison de la nature même du combustible dont il faudrait nécessairement porter avec soi une certaine quantité, et qui a la propriété de brûler sur l’eau. On a lieu de s’en effrayer d’après l’essai même très en petit que l’on fait de cette substance. Je crois qu’il faudrait, pour réussir, lancer avec force l’huile de p. par un tuyau dont le fond bombé serait percé de trous très-rapprochés et très petits, afin de la réduire en rosée et d’obtenir par là un volume de flamme considérable. Si cette injection était faite par une pompe ou un soufflet, l’action de l’air augmenterait beaucoup l’intensité de l’effet. Je crois, mon cher ami, que cette idée est précisement celle que tu avais proposée, et comme nous nous trouvons ici, je ferai construire à cet effet un petit appareil pour m’en rendre raison : si ce procédé là ne réussit pas je crains bien que nous ne soyons forcés de renoncer à l’emploi de l’huile de p., car il y aurait du danger à la faire bouillir dans un vase clos et à la lancer sous forme de vapeur dans le grand cylindre. Il faudrait d’ailleurs se servir pour cela d’un soufflet d’une capacité considérable, et les soupapes dont tu parles devant être beaucoup plus grandes, l’air dilaté qui s’en échapperait réduirait de beaucoup la force que l’on veut obtenir. Comme je ne pouvais plus opérer sur l’huile de p. et que j’avais à ma disposition quelques morceaux de bon charbon de pierre que j’avais trouvés dans la chambre du jardinier, j’ai fait venir de la ville 1 un peu d’asphalte* solide, 1. De Chalon. La formulation n’a de sens que parce que l’événement avait eu lieu à Saint-Loup, nécessaire- ment entre le 13, date de sa précédente lettre, et la veille, date à laquelle Nicéphore en était parti (v. infra). 288 1815 1824 Musée Nicéphore Niépce.

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