Niépce correspondance et papiers
504 C ORRESPONDANCE ET PAPIERS connu sous le nom de bitume de Judée* 1 . Cette substance, qui est moins friable que la résine ordinaire, est noirâtre et très-opaque. Sa cassure est nette et brillante comme le char- bon de pierre avec lequel elle a la plus grande analogie. Comme lui elle devient brunâtre lorsqu’on la réduit en poussiere très fine, et s’enflamme aussi bien que la résine. J’en ai mêlé un gros à cinq gros* de charbon de pierre, et j’ai porphirisé* le tout le mieux qu’il m’a été possible. Ce mélange projette sur une chandelle allumée, // s’enflamme en détonnant comme le ferait pareille quantité de résine unie au charbon de pierre, ce dont j’étais curieux de m’assurer et cequi m’a fait grand plaisir. J’espère bien, s’il plait à Dieu, reprendre ces expériences lorsque nous retournerons à S t . Loup ; mais je n’ai pas voulu gar- der le silence sur ces premiers essais, persuadé, mon cher ami, qu’ils pourront t’intéresser et en cas d’événement, nous être de la plus grande utilité. J’ai lu dans Klaproth 2 , que par un procédé à peu près pareil à celui de la distillation du bois, on convertit en Angleterre le charbon de pierre en coac 3 ou charbon de pierre déphlogistiqué* ; et que les substances gazeuses condensées par l’eau, fournissent un asphalte* liquide qui sert au carènage des vaisseaux, non compris l’huile de pétrole que l’on retire encore par la distillation 4 ; de sorte qu’on aurait de l’asphalte liquide à très bas prix pour ne pas dire par dessus le marché, par- ceque le coac est employé de préférence pour la fonte des métaux. Je compte au premier jour, c’est-à-dire demain ou dimanche faire parvenir à Bourg, une petite note contenant les renseignemens que nous desirons nous procurer sur la mine d’asphalte du Parc 5 . Aussitôt 1. Rappelons qu’en 1806 les deux frères avaient songé à ce type de combustible, sans avoir pu s’en procurer (v. 185 notice). Ainsi qu’on le verra, cette introduction de bitume au Gras devait être de première impor- tance. 2. Martin-Henri Klaproth, chimiste (1743-1817). Il était mort trois semaines auparavant, le 1 er janvier. 3. Coke. 4. Nicéphore faisait ici allusion à l’article « Charbon de terre, houille » du Dictionnaire de Klaproth (M.H.K.t.2) où l’on pouvait lire: « Pour enlever aux charbons de terre la propriété de fumer, on les soumet à une distillation sèche*. Pour cela, on les place dans des fourneaux murés, ayant la forme d’un cône, avec des ouvertures sur les côtés. La fumée s’échappe par un canal qui correspond à une chambre garnie d’une couche d’eau pour condenser les vapeurs […]. Par ce procédé, on se procure en Angleterre, la plus grande partie de goudron nécessaire à la marine […]. On purifie encore les charbons de terre de leur bitume en les traitant de la même manière que l’on carbonise le bois […]. La houille privée de son bitume est appelée coak ». Le terme « asphalte liquide » n’est pas de Klaproth qui ne l’emploie dans aucun des articles de son dictionnaire. 5. Lieudit à environ 8 km au nord de Seyssel, sur la rive droite du Rhône dans le département de l’Ain. En mai 1816, selon le rapport que Mérimée consacra aux expériences de Rey (marchand de couleurs, membre de la Société d’Encouragement) sur le bitume, les mines du Parc étaient exploitées par le baron de Bois-d’Aisy (B.S.E.I.N. t. XV p. 119). Rey écrira en 1819 : « M. le baron de Bois-d’Aisy découvrit le premier la mine de poix minérale à Seyssel, sur la rive gauche [sic] du Rhône, département de l’Ain […]. M. le baron de Bois-d’Aisy se disposait même à faire exploiter cette mine, lorsqu’un Anglais, M. Taylor, traversa son projet, en se rendant propriétaire de la mine de Seyssel, dont il s’était assuré les avantages qu’on pouvait en retirer, en gagnant ma confiance, avec des intentions qui me parurent n’être que celles d’un curieux qui cherche à s’instruire. Son arrière-pensée a été bientôt connue par les chargemens de poix minérale qu’il a fait expédier pour l’Angleterre » (R. p. 25).Toujours en 1819, dans le cadre de son rapport sur les expériences de Rey, Lasteyrie ajoutera que « la mine du Parc, près Seyssel [...], exploitée par deux Anglais, MM. Spence et Taylor, est la plus abondante et celle où l’on travaille avec le plus de succès [...]. On compose sur les lieux avec ce bitume 1° un mastic ou ciment propre à divers usages, et, en particulier, à couvrir des surfaces qui doivent être long- temps exposées aux inclémences de l’air, telles que des ponts, des terrasses, des galeries, des balcons etc... ; 2° une excellente graisse propre à adoucir les frottements dans les véhicules à roues,par le mélange avec des graisses animales; 3° des toiles et des papiers d’emballage très propres à envelopper les marchandises des- tinées aux envois d’outre-mer, et qu’il importe de mettre à l’abri de l’humidité. Ces toiles, par leur souplesse et leur imperméabilité, paraissent préférables aux toiles cirées communes [...] » (B.S.E.I.N. t. XVIII p.257). Au sujet de ce « bitume glutineux », Anselme Payen devait préciser en 1824 : « A la température ordinaire, il est très consistant ; susceptible de céder avant de se rompre, lorsqu’il subit une traction un peu forte ; com- 1815 1824 1 8 De la seconde Restauration jusqu’à la naissance de la photographie
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