Niépce correspondance et papiers
506 C ORRESPONDANCE ET PAPIERS nous a été délivré 1 . Je crois sauf ton avis, mon cher ami, que nous pourrions pour le moment nous en tenir à un simple brevet de perfectionnement, et pour raison d’économie comme je viens de le dire, et parceque jusqu’ici nous n’avons encore rien de bien arrêté, c’est à dire de bien démontré sur l’application de notre force motrice 2 . Si tu partages mon opinion à cet égard, tu voudras donc bien avoir la complaisance de te procurer d’abord les renseignemens en question, car c’est la premiere démarche à faire, et comme tu le dis fort bien nous approchons du délai fatal 3 ; ainsi il n’y a pas de tems à perdre. Je ne présume pas qu’il soit nécessaire de faire un plan détaillé du pyréolophore, puisque ce plan existe déja ; mais tout au plus un plan général avec le détail des pièces qui constitueront le perfection- nement jugé nécessaire. Dans ce cas, ton travail, mon cher ami, ainsi que le mien se trou- veraient singulierement abrégés ; cequ’il convient assez de savoir. Nous sommes charmés d’apprendre que tu vas t’occuper d’une expérience plus en grand sur ton ingénieux pro- cédé, et que cette fois il n’y aura plus de doute sur la bonté du résultat obtenu, puisque le f. 4 sera mu à l’aide de l’air dilaté dans un cylindre. Nous faisons les vœux les plus ardens pour l’heureuse réussite de cette importante expérience qui enrichirait le domaine des sciences mécaniques et en reculerait nécessairement les limites. Nous sommes donc bien empres- sés, // mon cher ami, de recevoir l’agréable nouvelle des succès que tu te prépares ; car d’après ceque tu nous mandes encore aujourd’hui, nous ne pouvons qu’en bien augurer. M r . de Chardonnet que ma femme vient de voir chez M me . de Morteuil, lui a dit qu’il avait appris pendant son dernier voyage à Paris, que M r . le Comte de J. devait aller à Londres ; mais il parait qu’il n’y a point été, car bien certainement tu en aurais eu avis. Il y a ici, à cequ’on nous a assuré, un nouvel ingénieur de la Marine. Il parait d’après cela que M r . Channot sera parti avec un congé absolu. Comme il n’a pas craint de nous dire qu’en sa qualité d’ingénieur il devait s’occuper de notre découverte, je souhaite que sa moralité l’oblige de ne pas la porter ailleurs. Tu pourrais peut être savoir, mon cher ami, cequ’il est devenu. Tu fais très bien d’aller de tems en tems à Bercy pour avoir le vent du bureau : c’est une sage précaution surtout dans une circonstance où il faut bon gré mal gré que ces Messieurs prennent enfin un parti quelconque à notre égard. Ma femme me prie de te témoigner combien elle est sensible à l’expression de tes vœux, de tes tendres sentimens pour elle, et combien aussi elle est reconnaissante de toutes tes bontés pour Antoine et Victor ; mais elle craint qu’ils n’en abusent, car il parait qu’ils reviennent un peu souvent à la charge. Je partage de cœur, la douce satisfaction qu’elle éprouve, et je sens comme elle, mon cher ami, que l’assurance de ton estime et de ton amitié, est l’offre la plus belle la plus précieuse que tu puisses lui faire. Tu voudras bien faire ses remercimens à Isidore, de la lettre qu’il lui a écrite pour sa fête 5 , et que nous avons reçue mercredi soir. Embrasse le ten- drement pour nous, je te prie, et dis lui que j’aurai le plaisir de lui répondre lorsque sa maman aura reçu les collerettes dont il lui annonce l’envoi. Les fermiers n’ayant point récolté de foin cette année, je pense mon cher ami, qu’il sera bien difficile de le leur faire 1. En réalité, les deux frères essayeront de faire proroger de cinq ans la date d’expiration de leur brevet de 1807 ; sans succès ainsi qu’on le verra. 2. De fait, les pouvoirs publics allaient voir dans le pyréolophore « plutôt une conception mécanique, neuve et ingénieusement exécutée, qu’un moÿen perfectionné dans les mains de l’inventeur au point qu’on pût en prévoir une prompte application aux travaux de l’industrie » (v. 301). 3. Le brevet devait expirer le 3 avril. 4. Flotteur. 5. La Sainte-Agnès, le 21 janvier. Cette lettre d’Isidore nous est inconnue. 1815 1824 1 8 De la seconde Restauration jusqu’à la naissance de la photographie
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