Niépce correspondance et papiers

510 C ORRESPONDANCE ET PAPIERS résulterait pour toi, mon cher ami, un surcroît de dépense qui nous détermine à faire partir quelques jours plus tôt, l’argent que tu demandes seulement pour le 15 de ce mois. .Nous nous empressons donc de te prévenir, mon cher ami, que nous ferons partir sans faute, à ton adrèsse, par la diligence de demain vendredi, un groupe de quatre cent francs en or, pour toi ; plus cent-cinquante francs aussi en or pour Isidore ; cequi fera tout compris un groupe de 550 francs en or qui te parviendra franc de port et duement conditionné comme de coutume. Cet envoi te parviendra lundi à peu près en même tems, ou même plus tôt je l’espère, que le panier de vin. Tu voudras bien nous accuser réception du tout. // .Je comptais avoir le plaisir de répondre par le précédent courier à ta derniere lettre, mon cher ami ; mais Ternant est venu nous voir avant hier et s’est acheminé hier soir pour Châlon d’où il est parti ce matin pour Nuits. C’est l’affaire relative à la maison qu’il doit acheter dans cette derniere ville, qui l’a amené ici et l’a obligé de nous quitter aussi promp- tement. Il nous a chargés de mille choses honnêtes de sa part, tant pour toi que pour ton cher neveu, et nous lui avons compté sans qu’il nous en ait parlé, 180 francs pour 3 années d’intérèts des 1200 francs qu’il nous a prêtés il n’y a pas encore 3 ans révolus, et dont il nous a donné son reçu 1 . .Nous ne sommes ici que depuis dimanche au soir. Tu auras vu par ma derniere lettre, mon cher ami, et par celle qu’Isidore aura reçue de moi lundi passé 2 , que je devais conti- nuer mes expériences sur la maniere d’enflammer l’huile de p. en la volatilisant en quelque sorte sans employer l’action du calorique 3 . J’avais d’abord fait construire un tuyau en fer blanc, de 6 lignes* de diamètre 4 et terminé par un fond bombé percé de trous très rappro- chés et très fins ; mais l’ayant essayé avec de l’eau, je reconnus 1°. que la consommation serait trop considérable ; 2°. que l’inflammation ne pourrait pas avoir lieu assez prompte- ment pour produire une détonation, par ceque le liquide éprouvait de la résistance et un frottement d’autant plus sensible que les ouvertures de cette espèce de crible étaient plus petites ; 3°. enfin que tous ces petits jets très divergeans et fort éloignes l’un de l’autre, n’auraient produit en brûlant isolément, qu’une gerbe de feu au lieu d’une flamme égale au diamètre de cette gerbe. Ces trois considérations me déterminerent à abandonner ce pro- cédé pour en adopter un autre qui m’a parfaitement réussi et qui est on ne peut pas plus simple. Pour m’en rendre raison, je pris un tuyau de fer blanc de 3 lignes* de diamètre et de 7 ou 8 pouces* de longueur 5 . J’y fis couler une petite quantité d’eau représentant un cylindre d’un pouce de longueur ; je plaçai le tuyau perpendiculairement sur ma langue, et en soufflant // je vis avec satisfaction, que l’eau se divisait assez bien : je crus cependant qu’elle se diviserait encore mieux si elle pouvait diverger d’avantage, et en conséquence j’applatis en biseau assez court, l’orifice par lequel elle devait s’échapper ; de sorte que cet orifice devint à peu près aussi surbaissé qu’une anche de basson ou plutôt de hautbois. Je répétai l’expérience qui justifia complettement ma conjecture. Ensuite au lieu d’eau j’em- 1. Nous ignorons quelle était alors la dette totale des Niépce. Celle-ci remontait à 1814. Rappelons que cette année-là (vraisemblablement vers la même époque), Nicéphore avait « encore » emprunté 1.000 francs (v. 237). On comprend ici que ses cousins, supposés recevoir chaque année 5 % d’intérêts sur les sommes prêtées, étaient à cet égard assez souples. 2. Le 3 ? Lettre inconnue. 3. Ce qui dans le cas contraire eût produit de vraies vapeurs. Le fait que Nicéphore fût obligé de préciser sa pensée tend à indiquer que le vaporisateur était encore inconnu. 4. Soit d’environ 1,35 cm. 5. Soit environ 0,67 par 20-22 cm. 1815 1824 1 8 De la seconde Restauration jusqu’à la naissance de la photographie

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