Niépce correspondance et papiers
530 C ORRESPONDANCE ET PAPIERS ami, les améliorations importantes que tu as faites à ton premier mode d’application de notre moteur ; je lirai avec bien du plaisir les intéressans détails que tu as la bonté de me donner ( promettre ) à ce sujet. Si on peut se procurer par là un point d’appui proportionné à la masse d’eau déplacée, et que la consommation ne soit cependant pas trop considérable, il n’y aura certainement rien de plus beau, de plus simple ni de plus ingénieux que ce pro- cédé de ton invention ; car il faut en convenir, tous les intermédiaires employés pour trans- mettre la force motrice, sont plus à charge qu’à profit et trahissent l’insuffisance du génie de leurs auteurs. Nous souhaitons donc bien ardemment, mon cher ami, que tu aies acquis par tes dernieres experiences, le degré de certitude physique que tu voulais obtenir, et que tu puisses réaliser ainsi, les justes espérances que la supériorité de ton procédé nous doit nous faire concevoir. En attendant je vois avec la plus grande satisfaction, que nous appro- chons du terme si desiré ou tu pourras, s’il plait à Dieu, te montrer sur la Seine, et exploi- ter notre découverte avec gloire et profit. Nous sommes bien aises d’apprendre que tu te disposes à faire les démarches nécessaires pour la présentation de la machine à nos bons princes qui, d’après l’intérèt qu’il prennent aux choses utiles, daigneront, je l’espère, nous honorer de leur puissante recommandation ; cequi serait extrêmement avantageux pour nous. Je suis surpris que ton cher neveu ne nous ait pas encore fait part du résultat de sa visite à M r . de Jassaut 1 . Il est cependant bien important que nous en ayons // connaissance de même que du montant de la somme qu’il devra à sa sortie du corps, et de l’époque fixe du paiement. Il aurait bien dû ne pas tant tarder à nous en instruire, par ceque l’ignorance où il nous laisse à cet egard, pourrait entraver la demarche dont il s’occupe. Nous atten- dions de lui une lettre par ce courier, et nous n’en avons toujours point reçu. Dis-lui je te prie, mon cher ami, que j’aurai le plaisir de lui ecrire lundi, et embrasse-le bien de la part de sa maman ainsi que de la mienne. .Je n’ai encore pu me rendre raison du procédé dont je t’ai parlé pour graver sur la pierre 2 , procédé qui, à raison de la substance que je dois employer 3 , n’a aucun rapport avec le premier. Je desire beaucoup qu’il puisse répondre à mon attente et justifier par là l’intérèt que tu veux bien y prendre. Je viens à cet effet, de faire tailler par le marbrier, deux petites pierres d’un bon pouce ou 1[3] lignes 4 en carré, et en même tems de faire exécuter un petit appareil pour les expériences que je me propose de suivre à notre prochain retour à S t . Loup. Si elles ont du succès je m’empresserai de te les communiquer dans le plus grand détail. .Tu trouveras ci-joint, mon cher ami, un billet que t’adrèsse M r . le Curé de S t . Loup 5 , avec prière instante de sa part, de prendre auprès de l’administration forestiere, tous les ren- seignemens relatifs à l’objet qui concerne la commune 6 . Nous aurions bien voulu pouvoir t’éviter cette commission ; mais tu sentiras comme nous que ce n’était pas trop possible. 1. Louis Charles Auguste, baron de Jassaud. Né à Fontainebleau le 1 er mai 1782. Maréchal de camp en 1822. Il sera admis à faire valoir ses droits de retraite en 1834 (S.H.A.T. GB 2721 2 e série). Isidore servait sous ses ordres dans les gardes du corps du roi. Le baron de Jassaud était alors colonel, lieutenant-adjudant-major de la compagnie d’Havré (ALM.R. 1817). 2. Alors que dans sa lettre du 12 mars 1817 (v. 293) Niépce n’a parlé que d’un procédé pour graver, il dévoile ici qu’il s’agit toujours pour lui d’attaquer la pierre. 3. Il s’agit du phosphore ainsi que nous allons le découvrir dans de prochaines lettres. 4. Soit environ 3 cm. Les pierres que Nicéphore envisage d’utiliser sont extrêmement petites, c’est-à-dire de la même taille que les premiers papiers essayés dans le baguier d’Isidore (v. 247). Aurait-il l’intention de les placer aussi dans une sorte de baguier adapté pour y obtenir des images de la nature ? 5. L’abbé Progin. 6. Ceci dans le cadre de la recherche des fonds nécessaires à la fonte d’une nouvelle cloche pour l’église (v. 309). 1815 1824 1 8 De la seconde Restauration jusqu’à la naissance de la photographie
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