Niépce correspondance et papiers
534 C ORRESPONDANCE ET PAPIERS parler du reste, qu’Isidore gagne à cet arrangement là. Il fera bien d’en profiter pour son avantage, et nous l’engageons fortement à prendre des leçons de musique et de dessin. Nous desirerions surtout, et ce sera peut être aussi ton avis, mon cher ami, qu’il apprît à graver d’après les procédés lythographiques : ce genre de gravure, qui est plus simple, plus expedi- tif que l’autre, pourrait nous etre fort utile. Reste à savoir à qui il faudrait s’adresser pour cela ; mais il te serait, je crois, assez facile de te procurer ces renseignemens soit auprès de M r . de La Chabeaussiere, soit auprès de la Société d’Encouragement 1 . Tu voudras bien nous dire ceque tu penses à ce sujet. Nous te prions également de ne pas nous oublier auprès de M r . de La Chabeaussiere. D’après tes propres observations et celles qu’il t’a faites au sujet de // nos travaux projettés, nous ne risquons rien, je crois, puisque tu le juges convenable, de renvoyer la mise à exécution de notre entreprise à l’epoque ou ces Messieurs ayant mis leur nouveau bateau en activité, pourront faire valoir leurs droits et savoir enfin quel parti ils doivent prendre : il faut esperer que cette époque n’est pas éloignée. Cequi peut le plus contribuer a nous rassurer là dessus, c’est la probite connue de M r . de La Chabeaussiere, et l’opinion avantageuse qu’il parait avoir de la loyauté de la Société. Il me tarde beaucoup, mon cher ami, de connaître les améliorations que tu as faites au mode d’application qui parmi ceux que tu as imaginés, t’a semblé devoir mériter la préférence. Tu as bien voulu me promettre sur cet objet, quelques détails sans lesquels il me serait très difficile de m’en rendre raison et d’apprécier tout le mérite d’une découverte qui par sa nature comme par son importance doit tenir le premier rang parmi nos conceptions mecaniques 2 . .Je n’ai encore acquis que des probabilités sur celle qui m’occupe, mais à supposer même qu’elle se réalisât, ce ne serait qu’un vrai colifichet en comparaison de l’autre. Cependant, les encouragemens que tu as la bonté de me donner excitent mon zèle, et certes pour quelques coups de manche de fouet de plus je n’abandonnerais pas la partie. Tu croi- ras peut être d’après cela, mon cher ami, que j’ai déja fait quelques essais qui n’auront été rien moins que satisfaisans ; mais la vérité est que depuis notre retour de Châlon, je n’ai eu que le tems de monter le petit appareil destiné à mes opérations préparatoires 3 . Je suis maintenant en mesure d’agir, et si rien ne me détourne, je pourrai cette fois s’il plait à Di[eu te] 4 faire part du résultat que j’aurai obtenu. Ce résultat ne sera point encore décisif se[lon] 5 toute apparence ; mais il rendra du moins très probable la certitude d’un succès complet, et ce serait déja beaucoup. .Nous comptons mettre en bouteilles dans quelques jours, et ensuite nous te ferons expédier le panier de vin dans lequel nous mettrons quelques bouteilles de plus de vin de Mellecey que tu boiras, mon cher ami, ou dont tu disposeras comme bon te semblera. Ce jus bourguignon est excellent pour la santé, et je ne le crois pas moins propre à // inspirer les mécaniciens que les poëtes. 1. Propos qui prouve, une fois encore, que Nicéphore ignorait tout de la question (v. 236n, 269n), mais égale- ment que la « gravure lithographique » à laquelle se livrait Isidore jusqu’alors, n’était autre que de la gravure sur pierre, nullement de la lithographie (v. 280n). 2. Encore une fois, ces réserves montrent bien que Nicéphore lui-même cernait mal l’évolution des travaux de son frère, et que ses compliments réitérés n’étaient en grande partie qu’une simple manifestation de la tendre et généreuse amitié qu’il lui vouait. 3. Il s’agit d’un dispositif que Nicéphore décrira dans une prochaine lettre (v. 302), sorte de soufflet rempli d’azote à l’intérieur duquel sont effectuées les opérations d’étalement du phosphore sur la pierre. L’absence d’oxygène permet alors de se garantir des risques d’inflammation du phosphore. 4. Déchirure. 5. Ibid. 1815 1824 1 8 De la seconde Restauration jusqu’à la naissance de la photographie
RkJQdWJsaXNoZXIy NDY2MA==