Niépce correspondance et papiers
N IEPCE 539 article phosphore 1 , et surtout en lisant le mémoire de M r . Vogel 2 sur les changemens que l’ac- tion de la lumiere fait subir // à ce combustible ; je m’imaginai qu’il serait possible de l’appli- quer avantageusement à mes recherches. Le phosphore est naturellement jaunâtre ; mais fondu convenablement dans l’eau chaude, il devient presque aussi blanc, aussi transparent que le verre, et alors, il est peut être plus susceptible que le muriate d’argent lui même, des impres- sions de la lumiere. Ce fluide le fait passer très rapidement du blanc au jaune, et du jaune au rouge foncé qui finit par devenir noirâtre 3 . L’alcool de Lampadius 4 , qui dissout aisément le phosphore blanc, n’attaque point le phosphore rouge, et il faut pour fondre ce dernier une cha- leur beaucoup plus forte que pour fondre le premier. Le phosphore rouge exposé à l’air ne tombe pas en déliquescence comme le phosphore blanc qui après avoir absorbé l’oxigène, se convertit en acide phosphoreux. Cet acide a la consistance de l’huile et corrode la pierre comme les acides mineraux. J’ai constaté la vérité de toutes ces assertions, et sans m’étendre d’avantage là dessus, je suis persuadé que tu sentiras comme moi, mon cher ami, combien cet 1. M.H.K. t. 3 pp. 339-352. La note en question figure au bas de la page 347 : « L’un de nous a fait une série d’ex- périences comparatives sur l’action de la lumière et du calorique sur le phosphore ; la couleur rouge que le phosphore acquiert sur-le-champ par des rayons lumineux qui frappent directement la surface du phos- phore, ne paroit pas provenir de l’absorption de l’oxigène, car les expériences ont été faites dans le vide de Boyle, dans le vide de Torricelli et même dans des gaz bien desséchés qui ne contenoient pas d’oxigène ; néanmoins le phosphore est devenu rouge très promptement. Nous sommes portés à croire que la lumière contracte ici une véritable combinaison avec le phosphore (Note des traducteurs) ». 2. Heinrich August Vogel. Né en 1778 (selon J.C.P.). La page de titre du Dictionnaire de Klaproth (dont il était l’un des traducteurs) le présentait comme pharmacien de l’Ecole de Paris, préparateur général à la même école, conservateur du cabinet de physique au Lycée Napoléon et membre de plusieurs sociétés savantes. Le « mémoire » évoqué ici par Nicéphore avait été publié en mai 1813, sous le titre : De l’action de la lumière solaire sur le phosphore (in J.PH . t. 76 p. 388), ainsi que dans les Annales de Chimie (t. 84 p. 225). Un second article devait paraître en avril 1815, intitulé : De l’action de la lumière solaire sur les corps simples, et sur quelques composés chimiques (in J.PH . t. 80 p. 245). 3. Le phosphore existe sous deux formes dites allotropiques, l’une blanche et l’autre rouge. La lumière fait pas- ser de la blanche à la rouge. 4. Guillaume Auguste Lampadius. Chimiste allemand (1772-1842). L’alcool de Lampadius est le disulfure de carbone CS 2 qui fut découvert par Lampadius en 1796. Ce liquide incolore est un excellent solvant du phosphore. 302 1815 1824 188 Musée Nicéphore Niépce.
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