Niépce correspondance et papiers
N IEPCE 547 saisira avec plaisir l’occasion de nous témoigner que l’Administration prend un vif intérèt à nos travaux./. Ne paraît-il pas d’après cela, mon cher ami, que nous sommes déchus de notre privilège ; et l’effet d’un brevet de perfectionnement, ne se réduira-t-il pas à nous assurer la jouissance exclusive des améliorations que nous avons faites ? M r . de Sennain- ville, chef du bureau consultatif des Arts et Manufactures 1 , et qui est très complaisant, pourrait mieux que tout autre décider cette question. J’ai voulu préalablement te donner connaissance de la lettre du ministre, et puis je t’avouerai d’ailleurs, que la nouvelle démarche à faire m’embarrasserait beaucoup pour deux raisons : la premiere, parceque je n’ai pas les plans du pyréolophore, qui me seraient dans ce cas bien nécessaires : la seconde, parceque je ne connais pas, mon cher ami, les améliorations que tu as faites au mecanisme de la machine 2 , améliorations qu’il faudrait cependant réunir dans le même brevet de per- fectionnement. D’un autre côté, M r . de Belleroche est entierement neuf sur cette partie de ses attributions ; et la nécessité de passer par la filiere des autorités locales, ne pourrait que retarder encore d’avantage l’expédition de la nouvelle patente que nous nous proposons de demander. Si, pourtant, il te répugnait trop de te charger de ce travail, je te prierai de vou- loir bien m’en donner avis plus tôt que plus tard. J’ai répondu à M r . le Préfet 3 , et je l’ai pré- venu que j’allais avoir le plaisir de t’ecrire, mon cher ami, pour te pressentir là dessus. D’après les dispositions favorables de M.M. les membres de l’Administration 4 , tu ne ferais pas mal de t’y présenter : ce serait-là le vrai moyen de tirer l’affaire au clair, et M r . de Sen- nainville ne refuserait peut être pas de t’y accompagner 5 . Je ne sais si tu penseras comme moi ; mais dans la circonstance où nous nous trouvons, je crois que la démarche dont il s’agit ne doit point nous empêcher de profiter de // la premiere occasion qui nous mettrait à portée de faire l’application en grand de notre découverte ; parceque si cette application réussit selon nos desirs, nous pourrons de suite nous en garantir la propriété par un bre- vet, tandis qu’il est probable que nous n’aurons plus désormais la jouissance exclusive de la découverte primitive. Ça serait sans doute très malheureux pour nous ; mais nous devions en quelque sorte nous y attendre, et il faudrait bien nous en consoler. J’aurais cependant cru, je te l’avouerai mon cher ami, qu’on aurait eu plus d’égard aux motifs assez légitimes que nous avons allégués pour notre justification 6 . Peut être que le ministre eut été un peu moins rigide s’il fût venu voir la machine, et que tu eusses pu t’expliquer avec lui en particulier. Nous desirons vivement que le succès complet du second bateau de M r . le Comte de Jouffroi, le décide enfin à faire l’essai que nous attendons depuis si long- tems. Il faut qu’il ait compté sur une patience et une bonne ( foi ) de notre part à toute épreuve ; mais il ne conviendrait pas qu’il en abusât d’avantage. Au reste l’expérience en 1. Guillard-Senainville. Rappelons que ce dernier était secrétaire du Comité consultatif des Arts et Manufactures (v. 299n), lequel, contrairement au Bureau des Arts et Manufactures, n’avait pas de « chef » (v. 299). On comprend que Nicéphore faisait mal la distinction entre le Bureau et le Comité ; c’est bien du second qu’il est question ici. 2. Ce brutal aveu d’ignorance justifie l’impression maintes fois éprouvée que ses félicitations à l’adresse de Claude n’étaient, le plus souvent, que l’effet de sa générosité. 3. V. 306. 4. A cet égard, il est préférable de se reporter à la lettre du Comité consultatif des Arts et Manufactures (v. 301) plutôt qu’à celle de Becquey (v. 303). 5. On ignore si Claude suivit les conseils de Nicéphore. L’eût-il fait, on imagine mal M. Guillard-Senainville l’ac- compagnant dans ses démarches, sans se mettre en porte-à-faux. 6. Notamment à ceux dont Nicéphore avait « instruit confidentiellement » le sous-préfet, au cours de l’entre- tien qu’il avait eu « fort longtemps » avec lui le lundi 24 mars (v. 298). 307 1815 1824 1 8
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