Niépce correspondance et papiers
N IEPCE 549 308 Lettre (M.N.N.) 1 Saint-Loup-de-Varennes, 30 mai 1817. Nicéphore à Claude .S t . Loup, le 30 mai 1817. .Mon cher ami, .Quoique Isidore nous ait donné il y a quelques jours, de tes nouvelles, nous n’étions pas moins empressés d’en apprendre de toi directement : c’est donc avec bien du plaisir que nous avons reçu ta lettre du 26, en réponse à ma derniere du 12 qui contenait l’extrait de baptême de Victor. Nous sentons vivement, mon cher ami, combien les inconcevables procédés de M r . de Sassenay à ton égard, et les contrariétés de toute espèce qu’on t’a fait éprouver, ont dû t’af- fecter. Il ne faudrait plus aujourd’hui, s’étonner que d’une seule chose ; ce serait de voir rendre quelque justice à ceux qui comme nous, sont les victimes de leur desintéressement, de leur loyauté et de leur zèle pour le bien public. C’est une vérité qu’il est fâcheux d’avoir à dire dans l’ordre de choses actuel ; mais, grace à Dieu, il nous reste un sujet de consolation dont on ne se doute guère, et que fort heureusement on ne sera pas tenté de nous ravir : c’est le sentiment d’une // bonne conscience 2 . Enfin, mon cher ami, nous sommes charmés d’ap- prendre que tu es venu à bout de te débarrasser de M.M. de Jouffroy, et que nous sommes désormais parfaitement libres. Cette concession, comme tu le dis fort bien, est peu de chose il est vrai, mais elle est très importante pour nous, à raison des résultats qu’elle pourra nous offrir ; et j’espère que le ciel, en bénissant nos travaux, nous dédommagera de tous les sacri- fices que nous nous sommes volontairement imposés. Il te tiendra aussi compte, mon cher ami, de tous les desagrémens que tu as essuyés, de toutes les peines que tu t’es données et qu’il nous eût été bien doux de pouvoir partager en réalité ; car je le répète, nous sentons pro- fondément tout ceque tu as eu à souffrir. Je pense comme toi, que nous avons maintenant, trois partis à prendre, et qu’il s’agit de choisir le meilleur, ce qui est assez embarrassant ainsi que tu l’observes avec beaucoup de raison. Si le gouvernement était moins obéré, s’il avait moins de pertes à réparer dans tous les genres, je crois que la proposition à lui faire pour la navigation des côtes et pour les bateaux de secours surtout, pourrait être bien accueillie ; mais, dans la circonstance présente, il me semble sauf ton // avis, mon cher ami, que nous echouerions complettement dans cette démarche qui, tout bien considéré, ne serait peut etre pas cequi pourrait nous être le plus avantageux. Quant au parti de porter notre découverte ailleurs, c’est bien selon moi, la meilleure piece du fond du sac ; mais il serait peut être pru- dent d’ajourner l’exécution de ce projet jusqu’à ceque nous sachions s’il nous sera possible de former une société de quelques personnes pour l’exécution projettée de notre bateau d’épreuve 3 ; car je pense que c’est là le point essenciel pour nous. Si notre expérience réus- sit, nous aurons bien plus de moyens d’exploiter utilement notre découverte soit ici, soit ailleurs. Telle est là dessus mon opinion que je soumets, mon cher ami, à ton jugement et à 1. Publ. in P.G.H.1. (p. 160). Fouque n’en avait reproduit que quelques lignes (V.F. p. 92). 2. Ces dernières lignes ont inspiré à Louis Gallas un commentaire des plus fantaisistes : « Encore moins était- il [Nicéphore] porté à s’associer aux « outrances des émigrés et le jugement sévère qu’il porta [...] sur M. de Sassenay [...] est à ce sujet significatif » (L.G.3 p. 3). Plus simplement, si l’on songe aux bonnes rela- tions qu’entretenaient de longue date les deux familles, les « procédés inconcevables » du marquis, n’étaient rien d’autre que son « silence » (v. 307). Quant à ce « on » qui faisait « éprouver » à Claude des « contrariétés de toute espèce », c’était l’Administration à laquelle, du même coup, il se trouvait confronté comme tout un chacun. 3. Nicéphore en avait déjà évoqué le projet le mois précédent (v. 288). 308 1815 1824 1 8
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