Niépce correspondance et papiers
554 C ORRESPONDANCE ET PAPIERS les navettes son superbes et que l’on compte les couper dans une quinzaine de jours : on fau- chera aussi à cequ’il parait, la semaine prochaine. Tu // peux compter, mon cher ami, sur notre zèle à surveiller tes intérèts, comme tu dois être également bien persuadé du plaisir que nous éprouvons de notre côté, à pouvoir t’offrir nos faibles services. Tout nous porte à croire que cette année sera productive, et que l’arrière saison ne se passera pas, s’il plait à Dieu, sans faire naître pour nous de nouvelles espérances. .Je suis parvenu à étendre le p. en couche mince comme une forte feuille de papier ; mais ce n’est point encore assez. Malgré cela, je vois que le p. qui n’a pas été coloré par la lumiere, s’acidifie beaucoup plus vîte que celui qui a été coloré, et la maniere dont il attaque la pierre ne laisse aucun doute sur la vérité du principe fondamental 1 ; cequi est déja un point assez important ; mais il y a encore bien loin de là au terme qu’il faut atteindre. Je ne puis marcher à grands pas, parceque je suis obligé de répéter, de varier mes expériences, et qu’il est essen- ciel surtout d’observer attentivement et de comparer les résultats obtenus. Si je parviens à graver passablement par ce procédé, une fleur de lys de maniere à marquer les jours et les ombres 2 , [...] 3 je ne manquerai pas de te l’envoyer, persuadé d’après l’intérèt obligeant et flat- teur que tu veux bien me témoigner, mon cher ami, et qui est si encourageant pour moi, que cette premiere épreuve quelqu’imparfaite qu’elle fût te ferait plaisir. .Adieu, mon cher ami : reçois mille embrassemens ainsi que l’assurance des tendres sentimens que nous t’avons voués à jamais. Embrasse bien pour nous, je te prie, notre cher fils. Nous pensons qu’il ferait peut être bien de reprendre son service le prem r . juillet, afin de pouvoir être libre pour les vacances 4 ; car dans ce moment-ci la campagne n’est guère plus tenable que la ville ; le triste spectacle de la misère publique s’attachant à tout et vous suivant partout... Encore un peu de patience et nous serons à flot. Nos amitiés à Antoine et Victor. Mille choses honnêtes pour toi, de la part de toutes les personnes que tu connais. Tous nos gens nous prient de les rappeller à ton souvenir. Pyrame et Maître Ténor te lèchent les mains. Adieu mon cher ami ! ://: J.N. Niépce 1. On note que bien plus que le changement de couleur, c’est la différence d’acidité entre le phosphore blanc et le rouge qui intéresse Nicéphore, toujours à la poursuite de son idée d’obtention d’images gravées. Il espère ainsi que jours et ombres se graveront différemment sur la pierre. Ici apparaît une difficulté, car c’est le phos- phore non transformé par la lumière qui est le plus acide. Il y a donc attaque de la pierre dès la fin de la prépa- ration, ce qui nécessite d’exposer le phosphore immédiatement dans la chambre, afin que la lumière agisse pour diminuer son acidité et ralentir l’attaque de la pierre.Ces travaux montrent une évolution importante dans la conception que se fait Nicéphore d’un procédé de capture des images. Après avoir songé aux acides (varia- tion d’acidité), puis à la résine de gaïac (variation de solubilité) et enfin au phosphore (variation d’acidité), il est évident qu’il ne cherche plus uniquement des composés dont seule la couleur change à la lumière. Il a compris que l’effet de la lumière peut se traduire dans un premier temps par un changement de propriété invisible (aci- dité, solubilité). Ce changement peut ensuite induire une réaction avec le support (image gravée) ou être uti- lisé pour éliminer,aumoyen d’un dissolvant,soit les parties illuminées soit au contraire celles restées dans l’obs- curité. L’image produite par la lumière est alors une image latente. Cette notion et ce concept sont bien dus à Nicéphore Niépce. C’est un pas important qui le place bien au-dessus de ses successeurs qui découvriront l’image latente par hasard, devant le fait accompli, sans en avoir conçu l’existence au préalable. 2. Il semble difficile de croire que Niépce va tenter de saisir à la chambre obscure l’image d’une fleur de lys. Il s’agit certainement de la reproduction d’un dessin par contact suivant la technique qu’il expliquera en détail en 1823 (v. 375). C’est la première mention d’une reproduction autre qu’une image de la nature par l’intermédiaire de la chambre obscure. 3. Illisible. 4. En l’occurrence les grandes vacances, en août. En avril, Isidore avait gagné trois mois de congés pour n’avoir pas donné sa démission (v. 300). 1815 1824 1 8 De la seconde Restauration jusqu’à la naissance de la photographie
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