Niépce correspondance et papiers
N IEPCE 615 338 Lettre (A.S.R.) 1 Saint-Loup-de-Varennes, 14 novembre 1819. Nicéphore à Claude. S t . Loup, le 14. 9 bre . 1819. Mon cher ami, Nous avons eu le plaisir de recevoir ta lettre du 22 8 bre 2 . à laquelle j’aurais certainement eu celui de répondre plus tôt si présumant bien que tu t’empresserais de m’envoyer ta ratifi- cation, je n’eusse voulu t’épargner des frais de port deja fort considérables ainsi que tu l’ob- serves toi même avec grande raison. Ta dernière du 2 3 , contenant la pièce dont il s’agit, nous est parvenue il y aura demain 8 jours. J’espérais d’un moment à l’autre pouvoir t’annoncer le résultat définitif de notre affaire ; ce qui m’a retardé jusqu’à présent, sans que je sois pour cela plus avancé ; car M rs les prêteurs viennent encore de mettre un bâton à la roue. Ils exi- gent une caution pour le payement des intérêts. M.M. Coste ont bien voulu répondre pour nous ; mais l’acte de cautionnement dont ils ont présenté le modèle, fournit matière à contes- tation pour des gens d’affaire aussi vétilleux. Voilà où nous en sommes. Cependant, mon cher ami, le plus fort est fait, et tout me porte à croire que nous viendrons à bout de surmonter cette nouvelle difficulté. J’espère même pouvoir te l’annoncer dans la huitaine ; j’en profite- rai avec bien du plaisir pour me dédommager plus amplement du peu d’espace dont je puis disposer aujourd’hui./. Ton cher neveu vient de copier mes stances élégiaques 4 avec la musique et l’accompagnement 5 . Il désire que je te les fasse passer et me prie de te faire agréer en même tems, l’assurance de ses tendres et respectueux sentimens. N’ayant pas eu jusqu’ici d’occasion pour t’adresser cette petite pièce, nous prenons quoique un peu tard, le moyen le plus sûr de te la faire parvenir, et je suis persuadé, mon cher ami, que tu seras bien aise de connaître ce second coup d’essai de ton neveu dans la carrière musicale./. Il paraît que le sagit- taire nous presse assez vigoureusement la sagette* dans les reins ; mais il faut faire bonne contenance : audaces fortuna juvat 6 . Peut-être sauterons-nous de joie sous le signe du capri- corne 7 . Ceque tu nous dis du fâcheux contretems que tu viens d’essuyer, nous fait beaucoup de peine. Puisse l’heureuse réussite de ton expérience qui aura probablement eu lieu dans ce moment, t’offrir à cet égard le plus juste et le plus doux dédommagement que tu puisses espé- 1. Publ. in U (doc. 14). Ce document constitue le deuxième élément de réponse à la question que Fouque posera à Isidore le 17 juin 1867 (v. S. 32). 2. V. 336. 3. V. 337. 4. On pense nécessairement à la « romance sur la mort de la princesse Charlotte » (v. 438). Ce qui expliquerait que Claude se fût déjà empressé de communiquer cette élégie à son voisin anglais (v. 339). Morte en couches en novembre 1817, Charlotte d’Angleterre était la fille de George IV, encore régent au moment des faits. On sait que Nicéphore « trouvait aussi dans la poésie de douces diversions à ses travaux » (v. S. 2).Victor Fouque, à qui Isidore confiera plusieurs de ces pièces, envisagera de les publier. En effet, annonçant à Lacan la publication prochaine de son livre, Fouque précisera : « Enfin, je terminerai mon volume par un recueil de poésies, composées par Joseph-Nicéphore Niepce, dans ses moments de loisirs, en se reposant de ses tra- vaux scientifiques » (L. 1867 n° 23 p. 183). Pour quelle raison se ravisera-t-il, nous l’ignorons. 5. Lesquels musique et accompagnement étaient d’Isidore (v. 339). 6. « La fortune favorise les audacieux. Locution imitée de l’hémistiche de Virgile (Enéide, X, 284) : Audentes for- tuna juvat… » (N.P.L.I.). Nicéphore ne s’en tenait peut-être pas seulement à la représentation du centaure armé de sa flèche, évoquant bien évidemment l’entrée prochaine du soleil dans le signe du Sagittaire selon l’astrologie occidentale ; par jeu, il pouvait faire également allusion à l’audace (physique, intellectuelle, ou sprirituelle) qui caractérise ce signe. 7. Autrement dit fin décembre. 338 1815 1824 1 8
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