Niépce correspondance et papiers
334 C ORRESPONDANCE ET PAPIERS 1804 181581 Du début de l’Empire jusqu’à la fin des Cent jours de graines de pastel 1 pour qu’il soit fait dans ce département des expériences sur la cultu- re et le produit de cette plante qui fixe aujourd’hui l’attention du Gouvernement. M. le Préfet désire que ce soit la Société qui se charge de ces expériences 2 ; en conséquence la Société arrête qu’elle fera un choix parmi ses membres, tant résidans que correspondans. [...] 109 e séance. [...] Le Secrétaire 3 annonce que conformément aux intentions du ministre de l’Intérieur et aux désirs de M. le Préfet le Bureau a dressé une liste des membres tant résidans que correspondans auxquels on confierait les expériences à faire sur la culture du pastel dans ce département 4 . Une instruction courte et précise sera adressée à ceux qui n’ont point encore des notions assez exactes sur cette culture. Une commission composée de MM. Bar- jaud, Mottin et Cortambert est chargée de suivre les expériences qui seront faites et d’en comparer les résultats. [...] 1. L’ Isatis tinctoria de Linné (1707-1778), connu sous le nom vulgaire du pastel, de guède ou de vouède, appar- tient à la famille des crucifères ; « sa tige droite, lisse et rameuse vers le haut, s’élève jusqu’à un mètre ; ses feuilles sont lancéolées, entières, alternes ; ses fleurs sont jaunes, petites, disposées en corymbe ou en grappes. Le pastel est annuel ou bisannuel selon les variétés. On en tire une fécule d’un bleu foncé, qui rem- place l’indigo, et qui est employé spécialement pour la teinture des laines » (V.F. p. 38). Le blocus continen- tal (contre l’Angleterre) avait été décrété par Napoléon à Berlin le 21 novembre 1806. Depuis le décret du 5 août 1810, les importations coloniales étaient admises mais frappées d’un droit d’entrée de 50 %. L’activité agricole et industrielle s’en était trouvée stimulée, malgré plusieurs crises économiques, notam- ment celle, « d’une extrème intensité », que connaissait la France en 1810-1811 (H.F. t. 2 p. 316). 2. D’après un « Etat général de la répartition entre les départements de l’Empire, de quatorze mille hectares de terre à ensemencer en pastel, proposé à Son Ex. le Ministre de l’Intérieur, en exécution de l’article 5 du décret impérial du 25 mars 1811 », la Saône-et-Loire devait y consacrer 100 hectares. A cette fin, 50 kg de graine de pastel lui avaient été attribués le 14 janvier 1811 (A.N. F 12 2257). A titre de comparaison, on notera que les départements jugés les moins propices au projet devaient mettre 40 hectares en exploitation, et le Pô, « un des départements qui cultivent le plus de pastel », 800 (ibid.). 3. M. Cortambert (v. 200n). 4. Nous ne pouvons affirmer que les Niépce,membres correspondants de la Société depuis quatre ans (v.201), furent portés sur cette liste. Isidore s’est contenté de noter que « l’Empereur proposa une récompense (100.000 fs) pour celui qui parviendrait à extraire du pastel une couleur bleue, capable de remplacer l’in- digo. Les préfets furent chargés de distribuer de la graine de pastel aux agriculteurs et aux personnes qui s’occupaient des arts. Chacun, autant dans un intérêt national que pécuniaire, s’empressa de répondre à l’appel du Gouver t » (v. S. 1). Tel fut le cas de Claude et Nicéphore qui devaient prendre une part active aux recherches sur l’indigo-pastel. On retiendra encore que « d’autres inventions et de nombreuses recherches [...] absorbèrent les quelques années qui s’écoulèrent de 1807 à 1813 » (v. S. 25). Le 21 avril 1812, Nicéphore écrira à son cousin Curley : « … nous avons fait quelques expériences sur le sucre de betterave… le pastel et la betterave ont un peu nui à nos conceptions mécaniques… » (SOTH. p. 42). En fait les deux frères s’étaient déjà lancés dans un projet « d’une autre nature » (v. 236). Un demi-siècle plus tard, Isidore révélera : « Ces deux années,de 1811 à 1813, avaient été employées à faire construire à grands frais une machine d’un énorme volume, dans laquelle mon père et mon oncle avaient pensé trouver une nouvelle force motrice, sans consommation ! » (v. S. 1). En définitive, n’obtenant « qu’un à peu près de l’équilibre », ils laisseront de côté leur « grande roue » (v. 377).
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