Niépce correspondance et papiers

N IEPCE 409 relles, puisque les parties noires de l’épreuve, étant plus opaques, intercepteraient plus ou moins le passage des rayons lumineux ; mais il n’y a eu aucun effet de produit. Il est à pré- sumer que l’action de la lumiere n’est point assez forte ; que le papier que j’emploie est trop épais, ou qu’étant trop couvert, il offre un obstacle insurmontable au passage du fluide ; car j’applique jusqu’à six couches de blanc 1 . Tels sont les résultats négatifs que j’ai obtenus 2 : heureusement qu’ils ne prouvent encore rien contre la bonté de l’idée, et qu’il est même per- mis de revenir là dessus avec quelque espoir de succès. Je suis aussi parvenu à décolorer l’oxi- de noir de manganèse 3 ; c’est à dire qu’un papier peint avec cet oxide, devient parfaitement blanc lorsqu’on le met en contact avec le gaz acide muriatique oxigéné*. Si, avant qu’il soit tout à fait décoloré, on l’expose à la lumiere, il finit de blanchir en très peu de tems ; et lors- qu’il est devenu blanc, si on le noircit légèrement avec ce même oxide, il est encore décoloré par la seule action du fluide lumineux. Je pense, mon cher ami, que cette substance mérite d’être soumise à de nouvelles épreuves, et je compte bien m’en occuper plus sérieusement. J’ai voulu aussi m’assurer si les différens gaz pourraient fixer l’image colorée ou modifier l’ac- tion de la lumiere, en les faisant communiquer à l’aide d’un tube avec l’appareil, pendant l’opération 4 . Je n’ai encore employé que le gaz muriatique oxigéné*, le gaz hydrogène et le gaz carbonique ; le premier décolore l’image ; le second ne m’a paru produire aucun effet sen- sible, et le troisieme détruit en grande partie, dans la // substance dont je me sers, la faculté d’aborber la lumiere ; car cette substance, tant que le contact du gaz a lieu, se colore à peine 1. Expérience unique dans toutes les recherches de Niépce. Il s’agit ici d’une tentative d’obtention d’un posi- tif par tirage au travers d’un négatif sur papier. Il y a lieu de se demander quelle était exactement la « boîte optique » car dans toute la correspondance, cette dénomination est elle aussi unique. Il se pourrait qu’il s’agisse de l’instrument plus connu sous le nom de « boîte d’optique » : boîte munie d’une lentille de très large diamètre (10 à 12 cm) au fond de laquelle on plaçait des gravures sur papier de format panoramique ( ≈ 40 x 20 cm) appelées « vues d’optique ». L’observateur en examinant la vue au travers de la lentille avait la sensation de pénétrer à l’intérieur du tableau. Une telle boîte aurait pu être utilisée par Niépce dans l’es- sai décrit ici où il n’était plus question de projeter une image bien focalisée mais de concentrer la lumière pour qu’au travers de l’épreuve négative elle vienne impressionner le papier sensible. En plus des raisons avancées par N. Niépce pour expliquer son échec, il est probable que le négatif, n’étant pas fixé, devait noir- cir pendant l’exposition dans la boîte optique, ce qui entravait d’autant le passage de la lumière. 2. Grâce à l’ensemble des commentaires de N. Niépce sur ces expériences conduisant aux images négatives, il a été possible de les reconstituer (v. J.L.M. p. 93.). 3. Bien des années plus tard, Niépce désirant relater ces expériences nommera cet oxyde : peroxyde de man- ganèse (v. 494). Il s’agit du dioxyde de manganèse MnO 2 . 4. Certaines chambres obscures de Niépce qui sont parvenues jusqu’à nous sont effectivement percées de trous qui devaient servir à la circulation de ces gaz. 254 1815 1824 Instruments de chimie. Encyclopédie de Diderot et d’Alembert.

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