Niépce correspondance et papiers
410 C ORRESPONDANCE ET PAPIERS dans les parties même les plus eclairées, et cependant ce contact a duré plus de huit heures 1 . Je reprendrai ces expériences intéressantes, et j’essaierai successivement plusieurs autres gaz, sur tout le gaz oxigène qui, à raison de ses affinités avec les oxides métalliques et la lumiere, mérite une attention particuliere. Enfin, mon cher ami, j’ai fait de nouveaux essais pour par- venir à graver sur le métal à l’aide des acides minéraux ; mais ces acides que j’ai employés, c’est-à-dire l’acide muriatique, l’acide nitreux ainsi que l’acide muriatique oxigéné, soit sous forme gazeuse 2 , soit en liqueur 3 , n’ont laissé pour toute empreinte qu’une tache noirâtre plus ou moins foncée suivant la force du dissolvant. L’acide muriatique oxigéné* est le seul dont on pourrait tirer parti ; mais il n’est décomposé par la lumiere que lorsqu’il est uni à l’eau, et dans cet état même il n’agit pas sur les métaux avec assez d’énergie pour les creuser sensi- blement ; car il ne produit aucune effervescence avec eux, et les oxide comme ferait le foie de soufre* 4 , cequi n’est pas notre affaire ; mais j’ai reconnu avec plaisir que sans produire le bouillonnement incommode des autres acides, il attaque très bien et d’une maniere très-nette la pierre calcaire dont nous nous servions pour graver 5 : il l’attaque lentement, c’est-à-dire comme il le faut pour que l’influence de la lumiere soit plus sensible, et que cet acide puisse creuser plus ou moins à raison de la différence des teintes. Je m’occuperai donc, toute affai- re cessante, de préparer une de ces pierres qui remplacera le papier, et sur laquelle l’image colorée doit se peindre. Je la laisserai tremper quelque tems dans l’eau chaude, et ensuite je la mettrai en contact avec le gaz acide muriatique oxigéné* qui, d’après mon procédé, com- munique dans l’intérieur de l’appareil. Je crois qu’à l’aide de cette disposition, on doit obte- nir un résultat décisif, si comme on n’en peut douter, l’acide en question est décomposé par la lumiere, et si par là sa force dissolvante se trouve modifiée 6 . Tu vois, mon cher ami, que depuis quelques jours je n’ai guère fait que battre la campagne ; mais c’est toujours quelque chose que de multiplier les données qui peuvent conduire à la solution du problème proposé. Aussitôt que j’aurai trouvé quelque perfectionnement utile et vraiment propre à atteindre ce but, je m’empresserai de t’en instruire./. Je suis bien aise que tu aies reçu ma derniere lettre, et qu’elle te soit parvenue avant l’importante réponse de M r de Jouffroi. Si elle est favorable, c’est je pense tout cequi peut nous arriver de plus heureux ; car des lors nous // pourrons avoir l’espoir fondé de tirer bon parti de notre découverte, et de sortir enfin de cette obscuri- 1. Ceci est sans doute une des origines de l’erreur selon laquelle Niépce obtenait ses points de vue en huit heures. Il est plus intéressant de remarquer que dès cette époque, Niépce n’hésitait pas à laisser les sup- ports sensibles exposés à la lumière pendant des temps très longs au fond de la chambre obscure. Ce fait traduit l’obstination dont il faisait preuve dans ses recherches. 2. Le gaz chlore Cl 2 . 3. Probablement l’eau chlorée, c’est-à-dire de l’eau saturée de chlore. 4. Foie de soufre : c’est un composé à classer parmi les sulfures de potassium. Il était obtenu en chauffant au rouge dans un creuset, du soufre avec du carbonate de potassium. Il en résultait un produit dont la couleur rappelle celle du foie. A la fin du XVIII e , ce composé est décrit comme un très bon « dissolvant » et est connu pour noircir un grand nombre de métaux (formation probable de sulfure du métal). 5. Nous allons entendre parler plusieurs fois de cette pierre utilisée aussi bien par les frères Niépce que par Isidore. Il semble qu’il s’agissait d’une pierre calcaire, sur laquelle les Niépce gravaient des dessins, pro- bablement au burin, dont ils tiraient ensuite des épreuves. Cette technique n’a rien à voir avec la litho- graphie, procédé dans lequel il n’y a pas de gravure. L’emploi de pierres gravées pour la reproduction des dessins est d’ailleurs assez rare parmi les procédés de gravure car il est difficile d’obtenir une grande finesse de trait. 6. Nicéphore explique très clairement son idée d’obtenir des images gravées sur un support au moyen de la décomposition des acides par la lumière. Il transpose sur pierre calcaire l’expérience qu’il avait entreprise sur les métaux. Les acides utilisés par Nicéphore ne sont pas décomposés par la lumière et l’inventeur en fera prochainement la triste expérience (v. 256). 1815 1824 1 8 De la seconde Restauration jusqu’à la naissance de la photographie
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