Niépce correspondance et papiers
N IEPCE 331 220 1804 1815 de m’écrire en date du 8 de ce mois, parce que je me suis trouvé surchargé d’affaires urgentes. Il y a à peu près un an que l’Empereur voyant les difficultés aux quelles se trouvaient sujettes les dernières machines proposées pour remplacer celle de Marly, se décida de lui- même pour une machine à feu, dont il confia l’exécution à M r . Périer, cette construction est maintenant fort avancée. Néanmoins, M r . Mongolfier obtint du ministre de l’Intérieur des fonds pour une expé- rience en grand de son bélier hydraulique, sur un bras de la rivière : mais M r . Mongolfier étant tombé malade, sans qu’on ait l’espoir de le voir guéri de si tôt, il est à présumer que son expérience n’aura pas lieu 1 . D’autres personnes, et particulièrement M r . Gingembre, administrateur général de l’hôtel des monnaies à Paris, ont proposé des machines plus ou moins ingénieuses pour remplacer celle de Marly, pensant que peut-être, l’Empereur reviendrait sur son arrêté, ce qui n’est pas probable. La machine de M r . Gingembre a été soumise au jugement de l’Institut, et je suis l’un des commissaires pour l’examiner ; elle est très-ingénieuse et a, ce me semble quelque rap- port avec la vôtre ; mais elle a paru à beaucoup de personnes trop compliquée. La vôtre me paraît plus simple ; elle se reduit, si j’ai bien saisi votre idée, à un siphon dont les deux branches de grosseurs inégales, se communiquent par l’intermédiaire d’une barre, qui est armée à ses deux extrémités, de deux pistons, dont l’un a pour diamètre celui de la grosse branche du syphon, et l’autre, celui de la petite ; par ce moyen les colonnes d’eau qui pres- sent ces pistons en sens contraires, doivent pour l’équilibre avoir des hauteurs réciproque- ment proportionnelles aux surfaces de ces pistons, ou ce qui revient au même, aux carrés de leurs diamètres. Il ne s’agit plus que de mettre en jeu la barre armée de ce double pis- ton : c’est ce que vous faites au moyen de [diverses] 2 soupapes. Cette machine me parait fort bonne ; il n’y a que l’expérience qui puisse faire connaître le déchet occasionné par les frottemens ; mais il ne me parait pas que les résis- tances doivent être considérables. Celà dépend beaucoup des détails de la construction et de la perfection dans le jeu des pièces. Il me semble aussi que la machine n’est pas fort com- pliquée, // et à tous ces égards, elle ne peut que confirmer l’idée que votre machine à feu a déjà donnée de vos talens 3 . Recevez Messieurs, mes compliments sur cette nouvelle invention, et l’assurance de mon attachement Carnot. [...] 1. De fait, Montgolfier mourra six mois plus tard, le 26 juin 1810. On ignore quelle fut la réaction des Niépce, lorsqu’ils apprirent que les machines de Périer et de Montgolfier avaient obtenu la faveur du gouverne- ment français. L’un et l’autre, rappelons-le, avaient été les premiers à faire connaissance avec le pyréolo- phore (v.188, 195).A la lumière du comportement que Claude et Nicéphore adopteront par la suite, on peut penser qu’ils accueillirent la nouvelle avec moins de dépit que de défiance. 2. Et non de l’une, comme transcrit dans l’édition russe. 3. Néanmoins ce projet n’aura pas de suite. Des années plus tard, Nicéphore évoquera certaine « seconde machine hydraulique [...] que nous avions commencée, mais que nous n’avons pas finie », admettant avec Claude que celle-ci « péchait essentiellement du côté de la théorie » (v. 377).
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